LIRE UN JOUR D'ETE - AUGUSTIN

LE DELINQUANT À LA RECHERCHE DE SON DIEU - AUGUSTIN LE MAGHRÉBIN

 Au fond des connaissances .jpg


I - L'IMPREVISIBLE PASSAGER.

QUOI ! PAS VRAI ! Chercher cette idole perdue dans le passé en oubliant les stars de notre temps ceux des gouvernants, ceux de la puissance des réseaux internet ! N'est-ce pas là une audacieuse folie ? N'est-ce pas se moquer de notre monde ?

_ - Que je sois quitte de la troisième sorte de tentation qui consiste à vouloir être aimé ou craint des hommes sans autre motif que d'en avoir de la joie , une joie de néant. Pauvre vie, puante présomption ! __

Celui qui a tant aimé pourra-t-il ne plus se faire aimé ? Pourquoi cet intérêt pour une joie de néant alors qu'émergent de la masse contemporaine des hommes qui bouleversent le monde, celui d'aujourd'hui ? Tel le maître de la vente par correspondance, Elon MUSK; tels les créateurs des échanges rapides de Facebook ou de Twitter, Mark Zuckerberg et Jack Dorsey. Peut-être une star du sport ?
S'arrêter à une personnalité lointaine du temps romain du IVe siècle né en 354 à SOUK AHRAS en Algérie cela paraît peu convenable. Plutôt sans intérêt et complètement inutile pour le temps présent. Alors fouillons, allons plus loin ! En vous disant qu'il a marqué les idées de son temps, celles des siècles plus récents, taquiné la pensée du philosophe DESCCARTES, inspiré l'oeuvre de Jean-Jacques ROUSSEAU, heurté l'esprit de nombreux créateurs de tous genres. Cela peut-il suffire ?

NON ! Ces remarques ne peuvent expliquer un tel choix qui semble complètement décalé des besoins réels des êtres de notre temps. Alors fouillons encore, allons encore plus loin sur le chemin cahoteux de ce fils d'un village du Maghreb en Algérie. Du coup l'on se retrouve en face d'un génie de la pensée humaine qui n'est plus mais qui a tant de choses à dire pour la compréhension de la vie et la joie des occupants actuels de la terre.

I - L'ART D'ECRIRE.

# - On ne s'approche pas sans précaution d'une âme qui laisse couler ses sentiments sur des pages blanches. D'abord la crainte d'offenser des esprits du monde actuel qui prétendent à la certitude, à toutes les vérités dans les hauteurs intouchables de la connaissance. Là, dans le présent, à l'écoute d'une respiration d'une enfance d'un village d'Algérie, d'une jeunesse égarée à CARTHAGE vers l'an 371, d'une vie à la recherche de certitudes dans les rues de ROME et de MILAN au temps des Romains. D'une âme d'artiste qui a choisi l'écriture pour parler.
" J'excite en moi et en mes lecteurs un mouvement d'âme. "

Il aurait pu être chanteur et laisser couler ses mots dans des mouvements musicaux de son origine berbère, ou encore musicien, artiste de théâtre formé à Carthage, ou encore sculpteur séduit par les formes et les lumières de ses paysages ou scientifique, philosophe pour mieux saisir l'évolution de la sagesse. humaine.Toutes ces possibilités offertes à un enfant doué, de caractère indocile, porté par ses multiples curiosités. Mais il a choisi les exigences de son temps, l'art de la parole, de la rhétorique, de l'écrit pour pouvoir répondre aux embarras des superbes de l'empire de Rome. Puis, peu à peu, se laisser conduire par ses recherches personnelles d'un monde inaccessible.

A Thagaste le commerçant offrait facilement un livre à l'enfant qui venait acheter une brosse à dent
( Affirmation de l'artiste américain Elbert Green Hubbard décédé en 1915 )

Les CONFESSIONS d'AUGUSTIN parcourent ses chemins d'enfance, de jeunesse et d'homme de Numidie, un vaste territoire africain de l'Empire de Rome. Ses vibrations s'étirent, s'encordent dans des flots de confidences sincères d'une vie humaine qui se cherche, se construit d'un obstacle à l'autre, d'une découverte à l'autre. Mon vagabondage d'esprit . C'est l'expérience de l'école dans son village natal, les études à Carthage, le sexe, le choc des idées qui se bousculent, s'entremêlent pour laisser échapper des mots, des vocables sans aucune retenue, des sons de colère, de désapprobation; Des histoires comme celles-là, j'en avais déjà plein les oreilles. dit-il. Ou encore Je les hais ces tordus, ces bancroches, et néanmoins, comme capables de redressement. . Et cela résonne fort dans son pâquier humain.

AUGUSTIN est un chercheur de la Beauté, de la Vérité, de la Perfection. C'est un rhéteur, un raisonneur infatigable, le défenseur du vrai, de la justice, influencé par ses apprentissages à Carthage. Il est accusateur, accusé, juge et jugé. Ses phrases s'enchaînent pour des jeux harmoniques souvent interminables, des allitérations qui font sourire comme des jeux d'enfant, des chiasmes qui surprennent, entraînent des contorsions de l'esprit, des longueurs qui, dès-fois, fâchent, des silences qui vous transportent ailleurs dans ses espaces libres d'où partent ses interrogations, nos interrogations sur la vie.
Artiste de l'écriture, AUGUSTIN reste un étonnant maître de la pensée humaine.


Archéologie .jpg

II - LA FIN D'UN EMPIRE..

Et la Parole se mit à se faire entendre.
Augustin d'Hippone en Algérie était debout en face de ses fidèles émus. C'était en décembre 410.
Depuis quelques temps le silence des coeurs se faisait plus rare. Un souffle de mécontentement traversait l'empire. Une rumeur sourde circulait déjà à Thagaste , ville de l'enfance d'Augustin , fils d'un représentant de l'administration romaine et d'une mère Berbère chrétienne à l'époque des largesses distribuées par les municipes dans le cadre du programme de l'évergétisme pour le soutien et le plaisir des habitants. Mais l'argent commençait à manquer, le butin à distribuer moins abondant.
L'enfant de Monique se montrait plus nerveux, souvent indiscipliné à l'école. La maman veillait, le couvrait de son affection en répétant qu'il fallait le laisser faire ce qu'il veut. Il n'est pas encore baptisé. Et il profita largement de toutes ces libertinages offerts par l'empire à Carthage quand il étudiait la rhétorique, s'exprimait sur la scène du théâtre, participait aux frasques avec les copains, s'indignait des folies de son monde.
Aussi bien les rideaux pendus à l'entrée des écoles de littérature sont l'enseigne moins d'un mystère à honorer que d'une erreur à cacher.
( Augustin - Confessions )

L'Erreur d'un puissant empire ! Et derrière les rideaux se propageaient mille rumeurs, se cachaient des milliers de misères d'une civilisation éphémère qui avait trop duré. Des guerriers des pays étrangers la jalousaient depuis longtemps. Ils vomissaient leur haine dans les champs de bataille. L'empereur romain Théodose Ier était obligé de négocier avec le roi des Goths, Athanaric , à Constantinople en 380, peu de temps avant la mort de l'adversaire. De partout fuyaient les événements sur les routes de l'empire. Encore des rumeurs! Encore des nouvelles d'une tragédie de la fin.
Des doctrines inconnues bousculèrent les croyances du peuple pour laisser la place au Christianisme déclaré religion officielle de l'Empire dès l'an 380, interdiction de sacrifices humains, réunions de conciliation encouragées par l'empereur et l'évêque de Milan, Ambroise pour unifier des certitudes contradictoires. Le monde chancelait. Les Goths conduits par Alaric Ier envahissaient Athènes en 396 et Rome quelques années plus tard en 410. Un monde finissait d'agoniser.

410, une Parole forte résonnait dans la cathédrale d'Hippone en Numidie. C'était celle d'Augustin , l'enfant de Thagaste debout devant une foule en pleurs

. . . ROME a été prise et vos coeurs sont scandalisés. Mais je vous le demande,, à vous qui m'êtes chers, désespérer de Dieu qui vous a promis le Salut de sa grâce, n'est-ce pas là le véritable scandale ? Tu pleures parce que Rome a été livrée aux flammes ? Dieu a-t-il jamais promis que le monde serait éternel ? Les murs de Carthage sont tombés, le feu de Baal s'est éteint, et les guerriers de Massinissa qui ont abattu les remparts de Cirta ont disparu à leur tour comme s'écoule le sable. Cela tu le savais, mais tu croyais que Rome ne tomberait pas;


III - UNE MÈRE BERBÈRE.

Cela peut-il être ce qui, aujourd'hui au temps de notre modernité, semble ne plus être ?
Une telle interrogation pourrait bien être celle de ce fils de l'empire romain qui a vécu au IVe - Ve siècle sur les chemins de Rome bercé par de mélodies berbères à Thagaste, tout à l'est de la Numidie. Une mère de ce temps lointain ne pourra certainement plus enrichir nos connaissances actuelles d'une civilisation tellement avancée, Cette affirmation paraît tout à fait justifiée.
Mais laissons la parole à son fils Augustin , cet observateur lucide, sincère, cette chair humaine, certainement belle, vivante, de laquelle une mère n'arrivera jamais à s'arracher , lui, toujours arrimé dans son regard, elle, toujours à la recherche d'une vie égarée sur des chemins dangereux. Elle, toujours soucieuse, préoccupée. Une mère tout amour.

" Elle aimait en effet à la manière des mères, mais bien plus fort que bien d'autres " - ( Confessions - Augustin )''
Pourtant que de soucis, que de peines, que de peurs pour un garçon ivre de liberté, de curiosités charnelles " épris d'une liberté d'esclave fugitif. " - ( Confessions )

LUI, esclave des biens nourriciers de la chair que lui offrait la générosité d'un empire tout puissant mais qui chancelait. Fugitif, pour chercher ailleurs, peut être dans un passé de révolte évoqué par des lectures passionnées. Épris d'une liberté imprenable. ELLE, la maman conciliante, patiente, conseillère d'éducation, porteuse du message chrétien libérateur. Présente! Sans arrêt à l'affût de la séparation définitive.
Ce jour là " Le vent fraîchit, il gonfla nos voiles et nous ôta la vue du rivage où elle était au matin, folle de douleur. Ses plaintes, son gémissement te rabattaient les oreilles mais tu en faisais fi " (Confessions à son Dieu - Augustin )

Fi, pour peu de temps seulement!
" Jointe à nous, ma mère avec ses façons d'agir féminines et sa foi virile et son sans-souci de vieille et sa tendresse de mère et sa dévotion de chrétienne. "
Et l'incroyable résistance à ce qui pouvait paraître inévitable! Et aussi les restes d'une culture ancestrale que le fils observait avec un certain amusement la voyant porter son flacon de vin et quelques friandises aux chers défunts.
" Un jour qu'elle avait, selon la coutume d'Afrique, apporté aux tombeaux des saints de la bouillie, du pain et du vin, le portier mit le holà. . . Elle au contraire, quand elle apportait son panier avec les mets rituels , dont, quand elle y aurait goûté, elle offrirait, ne mettait pour en faire des politesses , pas plus d'une petite coupe, trempée à l'agrément de son palais plutôt frugal. " ( Confessions)

Une maman berbère, libre, engagée dans un destin inédit aux portes de Milan et de Rome d'une ère nouvelle.
" Nous étions debout accoudés contre une fenêtre, d'où l'on découvrait le jardin enclos dans notre logis. C'était auprès d'Ostie sur le Tibre. . . . Voici ce qu'elle m'a dit:- Quant à moi, mon fils, la vie présente n'a plus rien par quoi me retenir. Qu'est-ce que je fais encore ici-bas? Pourquoi suis-je encore ici-bas? -
Et elle s'en alla heureuse sans faire trop de bruit;


 Au monde des Berbères .jpg


IV - HIER - AUJOURD'HUI > ÉDUCATION…

# - AUGUSTIN , le fils d'un empire à son déclin, mais surtout et, peut-être avant tout, le fils d'un peuple berbère de Numidie, Un Amazigh : Homme libre.

. . . les écueils terribles parmi lesquels j'ai rôdé avec l'air fendant d'un homme plein de soi

Et très tôt un enfant insoumis, blessé qui rôdait sur son chemin d'école, la tête basse, indigné de ce mal qu'on lui infligeait. L'école devint pour lui une plaisanterie infecte.

" On me mit lors à l'école pour apprendre les lettres; A quoi elles servent, pauvre de moi, je l'ignorais et, néanmoins , si je traînais à apprendre , on me battait; Les grandes personnes prônaient cela, des tas de gens qui devant nous menèrent cette vie avaient frayé les voies où l'on nous forçait de passer, multipliant aux fils d'Adam labeur et douleur. "
( AUGUSTIN - Confessions. Traduction du latin: Mondadon )

" Après tout, quelque sage arbitre approuvera peut-être que l'on m'ait battu parce que je jouais à la balle, étant enfant, et que ce jeu de balle m'empêchait de vite apprendre les lettres qui me permettraient, devenu grand, un jeu plus vilain; Mais quoi ! "
( AUGUSTIN - Confessions " )
Et d'ajouter, trois pages plus loin : Or, nul ne fait bien, fût-ce bien en soi, ce qu'il fait à contrecoeur.

Mais quoi ? Un tel enfant, pétillant, fou de vivre, de savoir, ne pouvait-il pas paraître étonnant pour les uns, suspect pour d'autres soumis à un pouvoir autoritaire et impitoyable. C'était le passé, l'ignorance! Erreur partagée, sans doute aujourd'hui , par de nombreux experts de notre modernité qui pensent encore que l'antiquité ne pouvait engendrer de telles libertés d'intelligences. Erreur ! La maman devint son coach, attentive, confiante.
" LAISSEZ LE FAIRE CE QU'IL VEUT ., répétait-elle.
" Plutôt que la stature déjà faite, elle voulait exposer l'argile d'où ensuite je prendrais forme." ( AUGUSTIN - Confessions )
Vraiment, quel bonhomme culotté! Quel énergumène!
" Ecrire vrai pour tous, aux petits enfants à l'esprit animal. " ( AUGUSTIN )

Tout est dit avec tendresse. Mais il faut la pratique, il faut refaire le trajet oublié. Oui, il faut retrouver cette pensée d'un siècle lointain et qui va labourer les terres de la Révolution Française. Jean-Jacques ROUSSEAU ( 1712-1778 ), ce pédagogue qui revient sans cesse sur les étalages des cours universitaires du monde actuel a, lui aussi, écrit ses CONFESSIONS avec moins de panache sans doute, moins de passion. Son programme éducatif, avec moins de pratique? Mais son EMILE revient toujours sur la table des étudiants. ,
Et quel étonnement! ! Jean-Jacques ROUSSEAU , est le héros d'un livre très récent et remarquable, celui du Néerlandais, Rutger BREGMAN
> > HUMANITÉ - Une Histoire Optimiste ( Publication française 2020 )

Mets lui un fusil en bandoulière et tu peux en faire une brute, un meurtrier. Donne lui un peu d'amour et tu en feras un soleil éclatant.
( Résumé possible de la Pensée de Rudger BREGMAN )


G. K - Str. 3/2/21 > > > SUITE: : Page d'Accueil

Archéologie .jpg

Commentaires

1. Le jeudi 26 novembre 2020, 6:07 par Mésange

Avec vous sur les chemins du monde. Réagissez! MERCI!

          Mésange.