Le sel de la terre ( Suite II )

Le sel de la terre > II - IMMERSION


I I - IMMERSION - SUITE

# - Jusqu'au lieu de signalisation au départ du jour . . . Un endroit encore déserté à la sortie du pont du bassin d'amarrage des péniches sédentaires et des bateaux de tourisme des croisières fluviales à la frontière des choses inédites et rares. Des réalités tangibles de la cité, des exactitudes de formes dans la lumière des terrains vagues . . . A droite une large ouverture qui suit les eaux allongées dans une attente vers un lointain inconnu. Tout droit le regard découvre un passage rectiligne à la frontière d'un passé . .Là semble naître la désolation d'un univers décrépi abandonné des temps présents, laissé aux usures derrière le rempart des murs souillés d'un côté, en face l'arrogance des hauts bâtiments de la malterie, les silos de grains pour l'alimentation de la population des pays proches ou lointains. Plus près, à l'approche des canaux, les dents puissants des éleveurs des containers de marchandises.

Etrange cohabitation des territoires industriels, des populations offertes au progrès, aux promesses d'un bien-être éternel et d'une ère nouvelle planifiée par la science. Aujourd'hui des pavés graisseux se désagrègent dans les regards des vies présentes marquées par l'ambition des hommes d'un temps révolu qui gémit encore lamentablement dans les rigoles d'évacuation. Tout autour l'espace est ravagé. Il croupit au milieu des apparences déglinguées d'un univers qui peine à se relever des torpeurs du passé, trop fissuré, accablé de servitudes, de lâches soumissions. Ces noirceurs, ce matin, s'écoulent imperceptiblement dans des canaux de lumière. L'Art peut s'en emparer pour engendrer le ravissement, la confrontation des rêves du passé et de l'avenir en enjambant l'irréelle platitude des illusions en partance sur des rails rouillés qui doivent bien aboutir quelque part. A l'extrémité du pont de chemin de fer …….

_Design_Rhin_.jpg A l'arrière filent ces inconvenances d'un passage rapide, les réalités désolantes à regarder fixement et qui dérangent, à observer quelques instants et qui font mal, à interpeller et qu'on n' a pas envie d'entendre car l'enfermement a affaibli la volonté qui hésite, qui se révolte. Le bonheur doit être ailleurs au large des enclaves clôturées. Bien plus loin à la fin des routes urbaines, des centaines de mètres plus loin. Des arcs blancs s'élèvent dans le ciel. Ils se posent sur la terre allemande, sur une attente réelle. Un souffle léger fait vibrer les cordes dans les eaux du Rhin d'un refrain qu'on souhaite sans fin. C'est juré ! C'est pour toujours ! semble dire le jeune allemand assis à la caisse d'un super-market.

Direction nord, a indiqué le prof. Tu files tout droit! La recherche suit la route étroite entre la digue du fleuve et le front continu d'une végétation sauvage. A gauche les eaux s'écoulent lentement dans un lit d'évacuation au pied de la digue que visite un héron cendré ses longues pattes effilées plantées dans la vase. L'échassier avance mètre par mètre sans jamais se presser pour un temps de garde indéterminé à l'entrée d'un palais millénaire. Quand tout semble s'inscrire dans une réalité irréelle et incomprise.

Le bonheur véritable ne doit-il pas être à l'extrémité du chemin qui se déroule dans les rayonnements d'un temps bien précis ? A l'heure, lorsque les contours du paysage se précisent dont peut s'emparer la curiosité en filant sur la route isolée. Quelques mouettes s"élèvent vers le ciel par-dessus le rempart des feuillages qui se réchauffent au soleil sur les rives des étangs posés au milieu des roselières aquatiques et des iris jaunes. Telle une ivresse d'une paisible existence à peine dérangée par le passage d'un scooter qui s'échappe avec un jeune équipage. Le bruit du moteur érafle un court moment la tranquillité du lieu. Puis plus rien! Le véhicule disparaît très vite à l'horizon dans une longue courbe. C'est sûr, la vérité doit apparaître au bout du virage de cette large étendue plate.


# - La route s'allonge, prend la direction du nord de la plaine. Elle atteint la grande courbe qui ceinture le chantier de la gravière, ses tapis roulants. D'autres réalités occupent le paysage au démarrage d'une longue ligne droite. Le soleil est magnifique et couvre de ses lueurs brillantes ces vérités enfouies aux alentours, dans les profondeurs de la terre. Elles sont là portées par des ondes insoupçonnées, des forces infrangibles. La vie ! L'inexplicable ! Quand l'attente grandit sur les feuillages ou dans un pré découpé dans la verdure, sur les eaux d'un étang, plus haut sur la digue, la longue surface du Rhin dans l'immensité du ciel. Toutes ces réalités ! Toutes ces vérités que la nature protège dans ses coins de silence du monde vivant. Cela paraît tellement surprenant sur la route à la recherche d'une vivifiante nouveauté, de quelques certitudes surgissant à l'approche du réel que le regard survole, pénètre, et observe avec passion au réveil d'un bonheur indéfinissable.

Le voilà, ce sentiment amène, débordant, nourri par des présences que le temps dissimule dans ses terres secrètes, introuvables, en liberté sur un parcours exaltant qui se transforme en éternité, sans cris, sans aucune blessure. Il n'y a qu'un léger souffle d'air pour une tendre et amicale caresse qu'accompagne une mélodie plus réelle. Dans une flaque d'ombre deux canards pataugent en se protégeant des gouttes du soleil à l'abri des turbulences, des passages inconvenants. Un rêve trop anodin ? Ou une scène burlesque d'une époque ancienne et qu'on a envie de peupler par d'autres innocences, de folies douces des quartiers urbains des jeux visuels. Seulement pour un court moment avant d'aller de l'autre côté des rives pour retrouver l'auteur des balades alsaciennes ou les pingouins à la poursuite d'un ballon rond sur une pelouse verte.

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L'instant se gare sous les branchages d'une place d'arrêt. Un court instant d'une durée infime de l'existence portée vers l' éternité dans un flot musical dont s'emparent le paysage et ses espèces vivantes.

Je suis un zombie
Tu n'es que l'ombre de toi-même.

Les mots chantent. Ile dérangent , infiltrent la conscience. d'une réalité au présent, sereine, inoffensive, absente de toute animosité transmise par certaines croyances ancestrales. Les zombies ont rejoint l'imaginaire d'une histoire impossible; L'humain revient, maître de son destin, un peu hésitant, étonné et libéré des fictions singulières, seul en face des réalités d'un monde de végétations, d'eau, et de l'invisible petitesse des choses. Tout seul maintenant dans un champ de lumière, le corps fringant, le regard qui badine , badine à la recherche d'une indéfinissable vérité de la vie. Elle passe sur les ailes d'une mésange qui disparaît au coeur d'une futaie.

Près de l'arrêt la route revient. Une longue chaussée emmène au large des terrains boisés et des courants d'eau, plus au nord de la vallée du Rhin à l'approche des réalités humaines. Des kilomètres de ciel plus loin pour partir découvrir les vérités de l'histoire des hommes.


# - Et mon esprit veut s'en aller

Explorer l'itinéraire d'un jeu d'aventures d'une mission secrète sur un chemin libre. Peut-être aussi une heureuse oisiveté d'un jour de vacances d'un été qui paresse dans son royaume de vie et de couleurs. Quand la nonchalance accompagne la sollicitude des connaissances multiples et que le voyage prend un envol mystique le long du fleuve loin des priorités médiatiques et des harcèlements informatiques. Alors c'est l'étonnement de voir le vol d'un oiseau au fil de l'eau ou encore d'entendre les chuchotements des feuillages. L'esprit s'éveille soudainement et veut découvrir, comprendre ces éléments, ces choses qui montent vers le ciel dans un murmure très discret.

_Au_bord_Rhin_.jpg Le jour quand tout paraît facilité et que les questionnements, les réponses se dispersent sur la route d'un bonheur furtif qui s'échappe dans les espaces ouverts. Encore plus loin!! Encore plus dans la direction du nord, indiquait le message. La route s'en va en accompagnant le fleuve et les strates de l'histoire que dépassent des pensées, lestes, furtives. Une grande courbe contourne un cratère géant rempli d'une eau claire qui s'unit aux lumières du ciel. Au coeur de cette tranquillité campagnarde des échos éloignés rappellent le travail des hommes qui voient les écopes de fer sortir du fond du lac et déposer les alluvions sur des monticules de graviers à quelques mètres de la digue que suivent deux joggeurs en tenue de sport. De temps en temps ils laissent fuir leurs regards dans la direction de la route qui disparaît dans les champs avant d'atteindre un village sur la terre allemande étalée dans la douceur du jour autour du clocher et des maisons paysannes.
L'heure hésite sur la place communale; Elle partage les attentes cachées à l'entrée d'un bâtiment public au centre du village muet dans son passé à la périphérie d'une existence que rien ne semble déranger. C'est la pause qui laisse découvrir un message singulier visible sur l'écran du smartphone. Les mots apparaissent clairement. Ils heurtent soudainement un esprit égaré au bord des incertitudes

Va marche, avance sur ta voie solitaire,
Ton grand corps tatoué d'un rêve planétaire.
Tel un beau rivage où reposer la tête
D'une éternité aux allures de fête.

La route repart en direction les terres forestière à travers les ombres des abris verts, sur l'emplacement de stationnement d'une auberge, d'un club isolé dans la nature.
- Un café, s-v-pl !
- Nein, nein ! Ein Bier für ihn !
Le jeune homme solidement rangé dans sa veste de cuir sourit à côté d'un jukebox qui envoie des éclairs de lumières rouges, bleues, jaunes. Tout un passé resurgit dans les bois sur une mélodie de BOB MARLEY.
- La bière est offerte ! Bonne route !


# - Les choses de ce monde patientent, resurgissent sur la marche de la sortie du club à l'arrière d'un nuage de poussière. Des milliers de particules s'entrecroisent dans les rayons du soleil, se propagent au départ d'un engin qui fuit rapidement , s'épuise dans la forêt proche. Puis le silence, l'immobilité d'une terre recueillie, les arbres, l'herbe dans la clairière d'un parking isolé de toutes les turbulences, l'absence et une brève hésitation dans ce pays vert et sauvage. Au croisement un panneau indique la direction du Rhin, la France sur l'autre rive des eaux à quelques centaines de mètres de cet espace d'une tranquillité végétale qui clampine dans la verdure si loin des ouïe-dire, des ouÏe-faire, des ouÏe-scandale. A l'abri des cognées sectaires pour faire suivre des mots, un message, une pensée;

TA POÉSIE - DU VÉRITABLE HOUELLEBECQ - J'AI TOURNÉ LA PAGE - J'AI CHANGÉ D'AUTEUR - A CE SOIR !
Joko

Une ample respiration monte des vies incomprises coulant dans de multiples vaisseaux . C'est une formidable envie d'exister, de rappeler une évidence à chaque instant. Mais quelle évidence ? Pourquoi tant de silences qui protègent des réalités aux approches incertaines, pourtant si proches lesquelles enivrent la clairière d'une aire de rencontres indiscrètes , familières lorsque ces intimités échangent et offrent une grande tendresse qui s'échappe en hâte vers la rive du fleuve , jusqu'au point d'embarquement pour rejoindre la France, la plaine d'Alsace. Le bac attend sur les eaux dans les jets lumineux d'une soudaine et folle satisfaction .



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L'employé municipal laisse passer les dernières voitures, quelques cyclistes en vagabondage sur une voie inconnue. Près de la rambarde du bateau un jeune observe toutes ces agitations. Il sourit son corps posé à côté de son scooter et s'abreuve en silence des chaleurs de l'été et des couleurs d'une traversée inhabituelle. Un long moment il regarde autour de lui avant que tinte la cloche annonçant le départ. Sa main est posée sur l'épaule de sa copine qui laisse échapper des éclats de rire dans les profondeurs du fleuve chargé d'histoires anciennes à livrer aux pays nordiques. Le garçon reste calme, pensif dans son coin isolé du reste du monde. Il est là à la dérive dans un paysage de rêves emportés par des souffles légers que semble rattraper au loin son regard malicieux.

Pas très loin, de l'autre côté des eaux, à quelques dizaines de mètres pour rejoindre les terres d'Alsace derrière une étroite zone forestière. Le bac traverse le courant, ronronne. Sur son embarcation le commandant s'agite. Il court de droite à gauche, vers l'avant du bateau qui accoste lentement aligné en face de la pente de débarquement afin de laisser repartir les voyageurs. Un salut improvisé, amical s'enfuit à l'arrière du scooter.


# - NOTE - NOUS FÎMES HALTE UN MOMENT À DRUSENHEIM WEYLAND POUR FAIRE LA TOILETTE ET MOI POUR ME RAPPELER MON RÔLE -
Le Prof - Mémoire Goethe, Vérité et Poésie

Un dernier message s'inscrit très visiblement sur le petit écran. DRUSENHEIM s'affiche sur la page d'histoire d'un passé révolu, proche des éclats lumineux qui comblent l'étendue de la rive du Rhin. La cité est située là sur la ligne de séparation entre passé et présent de l'autre côté de la bande forestière à une distance de quelques dizaines de mètres du restaurant qui apparaît isolé à droite sur une plate-forme surélevée. La vue distingue ces terres libres recouvertes de forêts, à l'entrée d'un passage dans le monde végétal à l'aspect sauvage sur le bord de la chaussée étroite que suivent de rares promeneurs, dès fois un véhicule lâché sur une route des vacances. Ce long couloir traverse un misée imaginaire, mais réel, vivant avec ses panneaux d'exposition d'une peinture récente d'un artiste local, les accès au terrain de pétanque, ou encore celui pour rejoindre l'étang de pêche d'une association. L'Art et la Vie se côtoient, échangent jusqu'au pont d'accès qui marque l'entrée de la commune.

Un rond point envoie vers les lieues significatifs de l'agglomération: la mairie, l'église, l'école. Celée dans une histoire muette la rue mène sur la place communale déserte, abandonnée des agitations du monde, rêveuse à l'écoute de clapotis mélancoliques de la fontaine qui murmure d'incompréhensibles histoires dans un bassin d'embellissement
- Vous cherchez un bon restaurant ? interpelle une dame de passage sur la place.
- Non, merci ! Dites moi est-t-il possible de trouver ici un tilleul tri-centenaire ?
La dame reste interloquée, surprise visiblement immobilisée dans un état d'une profonde interrogation.
- Heuh . . . Allez donc voir à la mairie! avant de s'esquiver aussitôt à une allure surprenante.

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Des jets d'eau frappent le bassin. Des clapotements se suivent au rythme d'une mélodie sans finale, infinie. Un chant sur une place déserte. La bonne dame a disparu. Elle a emmené ses égarements dans la demeure. Pas très loin, en face des murs municipaux, les marches d'entrée des affaires de la cité qui patiente! Elle semble méditer langoureusement! Par intermittences elle soupire quand le temps traîne ses ennuis au milieu des façades d'une froide apparence. Il faut s'armer de patience, d'une belle détermination! Monsieur le maire sera là dans une heure pour apprivoiser tous ces doutes, les incertitudes qui dégoulinent sous les fenêtres des administrés, toutes ces absences vivantes emportées par une tragédie encore palpable et quand les choses s'observent avec une certaine tristesse près des eaux qui fredonnent un bonheur aux aguets. C'est vraiment touchant !

Touchant ces claquements sur la masse d'eau, ces filaments d'argent qui se déchirent dans les flaques de soleil. Touchant cette atmosphère d'une incertaine célébration qui se prépare pour une mémoire douloureuse ou un événement festif qui attend encore ses invités dispersés dans les maisons d'alentour. Attente et incertitudes d'une heure égarée sur une place libre. Mélancolie des absences et sourires légers de l'existence! Tous ces sentiments diffus qui cherchent à se divertir dans cet espace débarrassé d'inutiles fioritures. Telles d'inquiétantes désespérances qui s'attardent sur des murs d'un autre âge! Tels des appels de bonheur dans le jaillissement d'une fontaine! Ici repose l'inconfort de l'histoire humaine poursuivie par de multiples tracas. Comme une incroyable incompréhension!
Au lointain on entend l'aboiement d'un chien de garde. On entend des solitudes gémir sur des divans de cuir et puis la lente agitation d'un après-midi d'été qui revient et qui s'installe peu à peu dans ses habitudes programmées. Un homme pressé passe, s'arrête un instant sur les marches de l'hôtel de ville. Nerveusement il enjambe une page de sa vie.


# - Le couloir paraît dans une demi-obscurité d'un endroit chargé de secrets. Il conduit devant une porte ente-bâillée qui laisse passer des éclats diffus pour un subit réconfort offert à un citoyen de passage dont le corps est encore baigné dans un écoulement de lumières, de sèves terrestres et d'une force vitale.. Un intrus dans toute sa nudité recouverte de quelques tissus légers et colorés ! A l'improviste, sans rendez-vous annoncé. Une telle arrivée peut surprendre, déranger les habitudes d'un élu très programmé.
- Pardon, monsieur le maire ! Je suis de passage et je vous dérange sans doute.
- Mais non, mais non !
Les paupières du maire se rabattent avant de laisser un regard furtif envoyé des obligations de son pouvoir régional et national. Un rictus singulier, rapide, traverse subitement son visage qui reprend quelques couleurs dans l'obscurité derrière des piles de dossiers entassés sur le bureau.
- Je fais une recherche personnelle. Est-il possible de trouver chez vous des vestiges du temps de GOETHE, l'auteur allemand qui s"aventurait souvent ici avec son ami quand il était étudiant à Strasbourg en 1771 avant la Révolution française ?
L'homme hésite, redresse son corps affalé dans les profondeurs d'un large fauteuil patronal.
- Ah mon cher ami, voilà une question bien surprenante. Mais ici vous ne trouverez plus rien de cette période; Tout a disparu ! La guerre ! La guerre a tout emporté. Il ne reste plus rien. Les vieilles maisons du village ont été bombardées, détruites; Il n'y a plus rien.
- Plus rien ! Même plus un tilleul tri-centenaire, une vieille auberge ?
- Plus rien ! Plus rien du temps de Goethe qui, il est vrai, aimait s'aventurer par là avec son ami. Plus de tilleul ! Plus d'auberge ! Plus aucune trace de son passage ! . . Allez donc voir au bout du village où il reste encore une ancienne ferme.

_Au_fond_de_l_eau_.jpg La proposition reste amicale. Les exigences administratives s'empilent dans une faible lumière Quelle curieuse idée de vouloir tout savoir. Savoir les tribulations de l'histoire, de notre histoire qui influencent encore aujourd'hui la marche de notre temps. Alors il faut aller plus loin. Il faut rabouiller les eaux troubles et les silences , frapper à d'autres portes en acceptant l'évidence des réponses.
- Ill ne reste plus de tilleul de ce temps. L'auberge n'existe plus. Elle est remplacée par une banque près du pont de la rivière ,
répète un fermier assis sur un banc à l'ombre des murs des étables vides, près des élevages des poules et des canards.

Le siècle emporte ces souvenirs, heureux pour certains avant l'éclatement d'une société dans l'attente de changements ; douloureux, ces mois de la grande guerre, la dernière, qui envoyait la population hors des murs, pillages, destructions, enfin mémoire, dure mémoire inscrite dans les rues, les pierres de la place de l'hôtel de ville, grande carrière ouverte et mélancolique qui ne cesse de voir couler sur les murs les pensées d'un passé, secrètes, souvent interdites, maudites.

On ne finira donc jamais de célébrer les cruautés de ce monde qui semblent rapporter mille satisfactions, des milliers de voix supplémentaires aux candidats des responsabilités publiques trop souvent prisonniers du passé, oublieux d'un autre avenir pour une jeunesse avide de vie aux contours plus gais, dans l'éloignement des silences et des trahisons. Construire un édifice magnifique sur une montagne d'anéantissements! Est-ce possible ? Ne serait-ce pas souhaitable pour honorer les morts, des millons de morts innocents ? Ce dossier reste ouvert et peut trouver une place prioritaire sur la table municipale pendant que montent quelques réconforts des eaux du bassin de la fontaine.

Un chat s'enfuit d'une terrasse voisine. Il est déjà ailleurs. Pas un bruit ! Une longue lassitude traverse la place heurtée par le moteur d'une voiture. Elle s'arrête devant la porte de la boulangerie. La conductrice passe rapidement, échange ses pièces au comptoir du magasin et repart aussitôt. Rien qu'une petite distraction qui perturbe une grande solitude. Il faut voir ailleurs, plus loin. Peut-être sur le rebord d'une fenêtre ouverte pour entendre le chant d'une guitare ? Ou peut-être là-bas dans la gargote du coin, celle des joyeux traînards qui s'attardent autour de la table de bois ciré ? De l'autre côté de la rue une silhouette avance sur le trottoir. Quelqu'un s'arrête devant le guichet de la banque pour s'offrir ses rares plaisirs d'été. Ces passages sont impromptus, sortis d'un monde onirique à la recherche du réel, de ces instants qui vous rappellent que vous existez, vous marchez, vous pensez, vous visitez un endroit inconnu qui conduit à la rivière sous le parapet d'un pont. En face de l'existence !


# - Existence ! Existence de l'eau sous le pont, entre les bancs herbeux le long des promenades routières pour le passage des riverains ; existence des vivants des fonds d'eau douce, des plantes au raz de l'eau, du ciel, du soleil, toutes ces choses qui se parent tout à coup de couleurs mirobolantes et de chaleurs imprévisibles d'un monde qu'on croit éternel, offert pour toujours mais que les actualités chargent d'autres réalités bien tragiques, d'une fin sans retour prévue pour les générations futures, le néant, le trou noir sans fond, que l'instant présent, l'existant du réel contredit, embellit dans une atmosphère plus sereine, libre, une sorte de dilection envahissant le vécu et dont on s'empare vigoureusement, passionnément même dans un défi à l'outrage d'une fatalité prescrite. Pourtant loin d'ici la promenade romantique qui conduit ailleurs sur un petit nuage d'un inconditionnel rêveur sur les traces d'un LAMARTINE ou d'un Alfred de MUSSET , tant d'autres que célèbrent des livres scolaires et que Novak-Lechevalier complète aujourd'hui par des remarques sensées en montrant que chez Michel HOUELLEBECQ , l'auteur prisé des salons parisiens, cus, bites, anti-dépresseurs peuvent devenir des objets intéressants d'une littérature poétique actuelle, recherchée dans l'absence des balades du coeur d'auteurs passés, et même très éloignés.
Car plus personne ne se souvient aujourd'hui des élans d'une heureuse pastorale d'un HORACE de l'antiquité:
- Le soir l'ours ne gronde point autour des bergeries et les profondeurs du sol ne sont pas gonflées de vipères. Là, nous nous émerveillons encore, dans notre bonheur

Drusenheim_.jpg La citation doit faire sourire, paraître ridicule au temps des progrès fantastiques des sciences, des grandes agglomérations urbaines et que, sans savoir pourquoi, des pas capridés longent une bergerie sous des oliviers et qu'un loup gronde dans la mémoire d'un temps bien reculé. Sottise ! Absurdité d'un égarement insensé ou d'un retour souhaité ? Ici point d'ours en liberté ! Point de vipères sur cette terre d'Alsace ! Mais ces choses qui laissent germer d'inévitables pensées sorties de nulle part, des réflexions soudaines qui passent dans le miroitement des eaux, un bonheur d'une belle simplicité et qu'on peut prendre pour de la naïveté, pour de la poésie mal comprise.
Une lente curiosité d'un passage le long de l'eau ; là-bas une tour d'église dans une ouverture du plan communal ; tout à coup de subites réminiscences d'une réalité universelle du monde, des êtres, d'un enseignement de Jésus de Nazareth invité surprenant au banquet nuptial de tous les hommes, femmes, enfants et qui serine ces paroles enfouies dans l'immensité du cosmos d'un gigantisme incompréhensible pour des terriens aux connections toujours limitées.
Je suis Homme sorti de DIEU. Je suis DIEU dans le corps de l'Homme .
Misérable vue du passé ? Ou étonnante Réalité du Présent ? Ces questions doivent embarrasser de nombreux scribes des thèses dogmatiques ce qui semble ne pas troubler ce lieu immergé dans une belle indifférence.

Ou négligences d'une humanité qui a perdu la capacité de penser, de se mettre à l'écart des moodèles construits avec minutie par des super-mens , des experts infaillibles, des robots humains intraitables, des dieux des jeux vidéos. Dessiccation progressive des corps humains ou repos d'une attente immanente d'un fluide qui, encore enfui dans des espaces sauvegardés, peut jaillir à des moments inespérés ? Qui semble déjà parcourir cette surprenante intimité du temps avec les choses de la réalité, d'un cygne qui pagaie non loin du pont dans son affublement de fête instantanée, qu'on accompagne d'un regard étonné avec cette envie folle de s'embarquer , de sauter dans un kayak pour flotter sous le feuillage des futaies. Pour une embardée imprévue mal contrôlée ; une embardée dans le fluide du temps sans regarder en arrière, sans se laisser surprendre par une lassitude toujours capable de s'emparer d'une brutale faiblesse, des doutes dès fois tenaces.


# -Et puis après : l'accostage. L'accostage sur une terre habitée dans des traînées d'ombre. De belles traînées d'ombre dans une rue perpendiculaire à la rivière et son lit sablonneux, à quelques pas d'un quartier populaire, ses maisons particulières qui jouxtent des cours pavées entre des pans de murs d'un crépi apparent, le plus souvent recouverts de peinture de couleurs pour une invitation au voyage, d'un bleu d'azur, d'un jaune chamois ou d'un rouge grenat. Toujours cette nostalgie de l'ailleurs dans cet espace rhénan d'une commune semblable à celles étendues le long du fleuve qui laissent échapper derrière des apparences visibles, sans prétentions exagérées, une gêne semblable à une certaine incapacité de planifier un meilleur avenir. L'entrée est prudente à la découverte d'un territoire qui semble protéger des richesses inconnues. On avance à petits pas dans une grande propriété privée réservée à des habitants à cheval entre les lourdeurs du passé et les frivolités légères du présent que soutiennent des promoteurs avisés ce qui peut faire croire à de l'indifférence, ou à une sorte de retenue d'une humanité désorientée.

Un mur conduit des pas hésitants. Une légère lassitude s'empare d'un corps en chair et en os, à un instant inattendu à la conquête d'une armure qui paraissait indéfectible. Sans doute un moment de faiblesse humaine ? Le courant d'énergie qui ne passe plus, un petit découragement avant le recul, la fuite, l'abandon d'un projet inutile ? Cela ressemble à une impasse sur la route d'un voyage de plus en plus incertain, à une courte apathie quand l'esprit titube, la mémoire se vide et la volonté se dilue dans un mètre carré de fraîcheur agréable, d'un réconfort passager, l'adrénaline du randonneur un peu pommé. dans un état dubitatif à la recherche des miettes du passé alors que le citoyen normal se contente d'actualités bien plus passionnantes, présentées par d'éminents experts, donc certainement véridiques, tout en limaçant dans un confortable fauteuil dans l'éloignement des difficultés qui naissent sur la route.

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Dans le paysage urbain la route trace un passage dans la direction d'une nouvelle cartographie. la vue d'un portail ouvert entre des véhicules arrêtés au bord des grilles. On croit entendre une voix qui file dans la rue, un ensemble de voix plutôt qui échangent des histoires humaines, des émotions en liberté, des éclats de rire, des palabres de plus en plus intenses dans un patois régional, des claquements de mains, des piétinements. Et dans les interstices d'une belle ambiance un petit air d'accordéon, d'abord quelques accords prudents avant les folles gaietés d'un festival improvisé à l'extrême de l'imaginaire d'une soirée alsacienne animée par un CAPÉO délirant. Dans la grange au fond de la cour, entre les battants de bois tirés vers l'extérieur une fête irréelle s'empare du temps. Elle cavale jusqu'aux maisons du voisinage.

Une longue table est dressée sous les charpentes entre les murs qui laissent apparaître les traces du passé. Des colliers de cuir rappellent une économie d'un monde agricole lointain, très lointain qui s'estompe dans des reflets brillants par dessus quelques nostalgies enfouies dans les bouquets de fleurs blanches, rouges, étalés sur la table festive. Une dame entourée par ses joyeux courtisans, des fêtards délurés, s'étonne, accueille avec bonheur toutes ces courtoisies. Elle sourit en voyant s'enfouir une petite fille.
- Viens ici, Anaïs ! lance la dame son regard perdu sur les pavés de la cour.
- Bonjour ! Je suis de passage et je cherche une vieille auberge dans votre village.
- Allez, allez ! Venez avec nous boire un verre de crémant ou de vin blanc. Vous allez manger un bout de gâteau avec nous. C'est mon anniversaire aujourd'hui.
Des applaudissements frénétiques fusent de la grange. Des belles amitiés! . . . .Un extrait d'une pièce théâtrale! . . . . . .Un mirage!



# - Dans un trou noir une pelleteuse se déplace lentement sur ses chenilles. Elle creuse et rejette la terre de la grange détruite sur des monticules dans un jardin dévasté. Au bord du cratère de terre noire la jeune maman regarde, son enfant-né posé dans ses bras. Elle sourit en voyant les éclats de vie dans un regard illuminé qui s'empare des présences, ces drôles d'images dans une cour du monde, d'une vie, à l'embarquement d'une belle distraction dans le futur.. Déjà témoin du monde et des âges ! Ceux qui se diluent progressivement dans l'espace des millénaire ; ceux qui fleurissent dans des berceaux blancs, qui, lentement, se libèrent des surveillances familiales, tôt dès fois, plus tard pour certains, jamais pour d'autres. La vie peut récoler d'innombrables témoins. Témoignages des vivants mais aussi des morts subitement présents dans un virage imprévu, à l'improviste d'une rencontre surprise à l'arrêt d'une attente. Cela peur arriver au moment d'un insouciant vagabondage pour vaguer à de libres occupations.

Ainsi la matière se défait, se refait normalement, presque scientifiquement. Les vies se défont, se refont normalement, obligatoirement a-t-on envie de dire.. Ceci paraît sûr, une vérité incontestable, une évidence inattaquable que ne peuvent renverser des regrets, des nostalgies du passé qui n'est déjà plus quand l'avenir n'est pas encore. Pourquoi alors ces philosopheries si ce n'est qu'à occuper des esprits oisifs, à faire travailler nos ennuis passagers ? Peut être à rechercher d'autres découvertes, d'autres certitudes sur des terrains anodins, à des moments précis, au hasard d'une balade, des rencontres d'une vie présente subitement interloquée par une révélation à la limite d'une certitude que soulève tout à coup une magnifique liberté humaine. Elle est immanente. Elle est convaincante. Elle paraît inscrite dans une sorte de continuité inéluctable de la vie, de l'existence emballée dans une force d'énergies sans limites, sans fin, en continuité. Alors l'être s'étonne de retrouver le visage de Toutânkhamon , le pharaon légendaire de l'Egypte revenu dans le corps reconstitué d'un footballeur professionnel. Il s'ennuyait trop dans son sarcophage en or. Ou ALEXANDRE LE GRAND roi de Macédoine rentré de ses périples guerrières,ou la reine de SIDON de l'empire phénicien ou encore, encore, encore .. . . . .

_Coucher_.jpg Et qui encore ? L'esprit vague un bon moment, de longs moments sur la route à la sortie du village à la recherche d'une distraction imprévue, ou d'un lavage thérapeutique à effets immédiats à un kilomètre de la terrasse d'un retaurant au bord du Rhin sur une chaise réservée aux clients de passage. On rencontre là quelques habitués qui s'attardent dans les rougeoiements d'un crépuscule magnifique qui embrase le ciel et la terre. Vois cette création du monde! Elle se couvre d'or, de volutes de feu et offre des instants sublimes pour accompagner une virée dans le temps, une virée naturelle et économique à une courte distance du fleuve qui a remplacé ses alluvions terrestres, les déchets des humains par des pépites brillantes et claires; A petits pas la nuit s'invite dans le paysage et habille la belle solitude de parures inoubliables. Assis sur une chaise on observe le temps qui va, qui s'en va très lentement au rythme des eaux pour un voyage lent vers d'autres contrées d'Europe jusqu'aux embouchures sur les côtes de la Mer du Nord. La pause est bientôt toute amicale autour de la table des convives pour un rendez-vous inattendu.

Très tard des milliers d'étoiles brillent dans les jardins de la nuit. Elles soulagent des blessures apaisées, encouragent des élans prompts et efficaces, accompagnent les décisions humaines qui s'enchaînent librement. Des messages apparaissent sur l'écran du smartphone.

TU ARRIVES QUAND ? - ON S'IMPATIENTE - LA PÂTE EST DANS LE FRIGO - Théo

ON TE PRÉPARE UN SUPER MENU AVEC LES PRODUITS DU POTAGER - TU PASSES QUAND ? - Matthieu


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Commentaires

1. Le lundi 29 avril 2019, 7:30 par Mésange

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