Le Petit Prince du Polygone

L'AUTEUR DU PETIT PRINCE A STRASBOURG - ANTOINE DE SAINT-EXUPERY


2021 - STRASBOURG
CENTENAIRE DU PREMIER EXPLOIT D'ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY - POLYGONE

Cité Strasbourg .jpg
- LE POLYGONE À STRASBOURG: > > UNE TERRE D'HISTOIRE ET D'HUMANITE -

- Prenez donc votre temps! Tout votre temps !
L'histoire d'une ville se découvre au hasard d'une passion, une heureuse découverte à la périphérie des clichés offerts au monde pressé. .
- Prenez donc tout votre temps !
Assis dans le train direction Strasbourg relisez l'histoire du Petit Prince d'un aviateur casse-gueule expédié sur le terrain du Polygone à Strasbourg en 1920 au 2e régiment de chasse pour la maintenance des appareils de guerre stationnés sur le terrain d'aviation. Originaire du village provençal nommé SAINT-EXUPÉRY , ANTOINE se passionne très vite pour l'aviation et fait ses premiers essais avec un Sopwith appartenant à la Société Alsacienne.

ON NE VOIT BIEN QU'AVEC LE COEUR. L'ESSENTIEL EST INVISIBLE POUR LES YEUX.
Antoine de Saint-Exupéry


LE PETIT PRINCE DU POLYGONE - STRASBOURG

# - Le matin revient au bord d'une immensité calme. Une renaissance ! Non pas un quelconque moment d'un temps qui resurgit d'un passé tout proche ramené dans les lumières éclatantes au-dessus des plates-formes des immeubles et des toits penchés. Mais le salut d'un matin sans aucune prétention particulière, tout simplement ce moment qui semble hésiter et qui s'allonge dans la lenteur d'une caresse charnelle sur nn balcon d'été au bout de hautes façades taillées le long des artères encore solitaires; Rien d'autre ? Presque rien que ce cheminement incertain du temps qui refait patiemment toute chose, toutes ces choses, objets inanimés, connus ou inconnus ou aussi toutes ces matières vivantes qui s'animent tout à coup au milieu des rues. La cité renaît sans bruit dans sa belle lumière alors que le soleil venu des montagnes de l'est déverse avec abondance ses clartés jusqu'au fond des terres boisées et sur le miroir des eaux;

Vol du jour .jpg


Tout simplement une belle réalité, une habitude ! Tout un univers emballé dans sa substance luxuriante, précieuse, offert aux plus humbles de la cité. Une réalité sans prix chargée d'un fluide lumineux qui dégage avec générosité ses ondes brillantes. Vaste étendue transparente et lointaine. Là-haut, dans le ciel, un grand oiseau blanc se laisse emporter par d'imperceptibles souffles d'air qui le soulèvent doucement vers des hauteurs encore plus inaccessibles dans des espaces inconnus à la traîne de longues interrogations et d'une forte curiosité. C'est bien cela ! Une forte curiosité dans un clapotement très léger d'une surprenante incompréhension à la recherche d'une terre abandonnée, étrangère aux êtres sans ailes, à peine extirpés d'un long sommeil; Soudain la pensée humaine embarque pour un ailleurs. Elle rejoint les frottements silencieux des eaux transparentes, une sorte d'espérance de la certitude posée dans un océan, un univers noyé dans un rêve étalé dans le regard, plus loin, toujours plus loin, quelque part sur un vaste continent parmi des parcelles de terre où s'ébattent des papillons colorés et des moustiques bagarreurs;

Vol_.jpg Ainsi débute une surprenante histoire dans cet océan de lumière où l'oiseau plane sans aucun bruit, ses larges ailes trempées dans des effluves brillants, très lentement avant une longue descente sur un chemin invisible et quelques battements rapides pour reprendre plus de hauteur, là dans les éclats des fonds universels.. Il esquisse subitement un large virage, une longue courbe dans son paysage céleste, bien à l'abri des embarras de la terre; tout droit vers le soleil levant. Bientôt sur le quai d'un voyage inconnu tout près des plates-bandes du Rhin ou des marécages dessinés dans la mémoire d'un lève-tôt encore tout éclaboussé par ses incertitudes, celles des heures à venir dans un éloignement plongé dans le vide, où, lentement, toute matière s'installe à l'extrémité des recoins oubliés. Ce matin la terre brasille dans un regard encore brouillé, imprécis. L'oiseau n'est plus là. Il a disparu à l'horizon. Près de la rambarde du vaisseau imaginaire la pensée, soudain, hésite, revient plus convaincante, et, à nouveau, affaiblie, hésitante, avant une subite et dernière décision, brutale, et infrangible. Il faut aller voir ! Mais où donc a passé le grand oiseau blanc ? Dans le creux de la torpeur l'esprit vacille, puis revient plus fort. Il faut aller voir ! Mais la volonté est encore fragile blottie dans une belle indolence d'un corps encore engourdi à la lisière des rêves passés.

Aller voir !


 Arbres et eau .jpg Aller retrouver l'animal disparu au loin des blocs escarpés, loin maintenant parmi les éléments des terres oubliées, platanes, peupliers, herbes sauvages,et tellement loin des êtres motorisés qui s'échappent au bout des artères et que dépassent de rares poissons grogneurs, des hérissons de mer ou un poisson de lune tombé du ciel. Pour retrouver un paysage reconstitué. Pour une histoire réinventée dans un flot de lumière ! Ce matin, à cette première heure qui rumine avec lenteur un plaisir à partager. Partir! Voyager ! Un souhait planté dans cette réalité soudaine , magnifiée quand l'imagination l'emporte. Maintenant il faut aller retrouver,l'animal au milieu des marécages, ses longues pattes dans une parcelle boueuse, solitaire, muet, au rythme cadencé d'un robot. Il faut aller voir . . . . Mais n'y a-t-il rien de plus décourageant que de vouloir, sans savoir pourquoi, ce que l'instant ne veut pas, ce que les membres, bras, jambes, rejettent avec douceur, amicalement, ironiquement avant une toute dernière décision, bien réelle, celle d'une fuite, d'une balade.

C'est une volonté humaine qui vous emporte soudainement vers un ailleurs mal connu, la réalisation d'un désir sur le chemin d'une oisive tentation.


Oui, être tout à coup cet explorateur curieux d'un loisir inoffensif qui vous promène ailleurs, un ailleurs tout proche à l'extérieur de la cité, rien qu'un peu plus loin, à la limite des habitudes reconnues , plus loin au milieu d'un champ, celui d'un oiseau, là où grandissent des fleurs inconnues et des herbes dites sauvages , où, peut-être, s'amoncellent des objets précieux jamais découverts, perdus d'un passé très lointain. Une très belle aventure en perspective. Non ? ? D'autres choix pourraient être plus adaptés aux aspirations de notre époque ? Une question bien inutile à l'instant d'un entêtement, c'est sûr, quand un être veut aller explorer, pieds nus, une vaste étendue de terre sur des chemins encore imprécis et très peu fréquentés.
Sans attendre, aller plus loin vers un monde incertain et fabuleux, celui d'un oiseau à la recherche de sa nourriture au milieu d'espaces encore nexplorés. Ou, tout simplement, vouloir s'évader, partir, encore démuni des mannes promises étalées dans le regard qui se remplit ldes belles fluidités posées sur les toits jusqu'à l'infini. L'appel reste d'abord tout amical, puis de plus en plus insistant, écho lointain d'un souhait qui exige tout à coup sa réalisation immédiate à la conquête d'autres curiosités, d'autres savoirs, et d'un loisir pour une folle envie de nouveautés.

Allez donc savoir ! L'heure refuse les explications humaines d'un instant qui attend une décision. L'instant est très court, un temps au raccourci avant la certitude de vouloir fuir et rejoindre cette immensité de lumière d'un pays de liberté. Partir, partir tout de suite sans perdre son temps ! Partir pour retrouver l'oiseau du soleil !

Tours_Stockholm_.jpg - Mais arrête ! Ne t'emballe pas comme cela ! Ton corps n'est qu'une masse pesante. Il n'a pas la légèreté d'un oiseau du ciel, nu, il n'a pas l'habillement d'un plumage luisant et coloré. Tu n'es qu'une matière vile et lourde. C'est tout ! un être maladroit sans importance. Regarde ! Vois cette chose bizarre ! Oui, bizarre et étrange. Mais regarde toi ! Regarde et réfléchis avant d'aller t'écraser et t'étaler sur le macadam quelques étages plus bas d'une si belle matinée ensoleillée;

VRAI Vrai ! Mais quoi ? . Je vais prendre l'ascenseur. L'existence va retrouver une nouvelle création. Plus belles les choses qui reviennent peu à peu à la surface de la terre. Une sorte d'inconscience s'installe jusqu'au bout des doigts. Une folie ? ? Mais allez donc savoir ! Peut être rien qu'une belle plaisanterie proposée par une soudaine volonté, tenace, incompréhensible, celle d'un désir à la recherche de la plage d'or d'un grand bleu loin des êtres paumés ayant ratés l'embarquement immédiat après une nuit trop agitée.
La destination est une île inconnue, L'itinéraire se précise à la sortie du carrefour plus bas, à l'entrée des immeubles. L'appel suit des artères paisibles qui traversent des quartiers récents vers la grande banlieue de la cité, à la conquête de cette liberté de vouloir exister à la sortie d'un rêve passé.

Partir ! Tout simplement exister ! Faire le voyage de l'inconscience d'un matin d'été, maintenant, tout de suite, après quelques ajustements vestimentaires quelques préparatifs hâtifs et puis l'envol, cet envol inattendu qui vous conduit ailleurs, cette curiosité qui vous mène vers l'inaccessible découverte de la vie et de ces choses vivantes. S'enfuir ! Partir ! Rattraper toutes les réalités du jour, ces objets, ces êtres femmes, hommes, enfants, ces animaux d'une création incompréhensible. Oui, incompréhensible sous les larges ailes d'un grand oiseau blanc qui planait, silencieux, maître solitaire d'un espace illimité avant de disparaître sur un chemin plus lointain . S'envoler maintenant enfermé dans une cage d'ascenseur.

La porte glisse, s'ouvre au bord du hall d'entrée à gauche des rangées de boîtes aux lettres. La sortie mène vers les espaces de pelouses jaunies et les plantations colorées devant les grands immeubles rectilignes. Tiens, une première ! Sur la porte vitrée un étudiant invite amicalement à une prochaine rencontre sur le parking. La cité retrouve tout à coup de larges espaces, des idées qui renaissent sur une terre nouvelle, s'évadent dans un long couloir en direction du grand boulevard à l'approche de la faculté de Droit qui trace sa courbe à l'extrémité du campus universitaire, ses jardins récents pour une multitude d'intelligences, les unes vivaces, d'autres incertaines entre les jets d'eau d'une matinée lumineuse. Sur la place s'entremêlent toutes les banalités du jour et les fantaisies surprenantes des humains à l'écart des blocs debout à l'heure matinale derrière les abris du tram.
- Dis, tu cherches quoi ? ?

Par terre, à l'arrêt du tram, traîne une page d'un journal illustré de plusieurs photos des révoltés d'Orient et d'Occident oubliés par des usagers urbains trop pressés.
- EUH . . . Vers le Sud de la cité.
Un souffle léger soulève les dernières actualités qu'il dépose un peu plus loin, à côté de l'abri des voyageurs, tout près d'un rescapé des fêtes nocturnes, un noctambule qui répète des mouvements de danse en écoutant une musique techno.
- Le Sud de la cité. . . . Le quartier du Polygone . . . Rue Antoine de Saint Exupéry.

Une jeune fille retient en cachette un léger sourire d'une matinée encore timide posée sur son corps fluet. Le copain la dévisage, l'air visiblement étonné, surpris , au passage d'une onde incertaine et puis, subitement, une certitude, celle d'une information amicale à échanger avec un inconnu. Le voilà debout dans une superbe apparence, souriant;
- C'est la ligne en face. Tu prends le tram direction le quartier Reuss.
A l'arrivée du tram un léger souffle emporte la page du journal plus loin, quelques mètres plus loin , au fond des regards indifférents détachés des actualités du jour éloignées dans un pays perdu. Un monde à peine réveillé, les pieds sur terre.

Les uns ronronnent paisiblement des deux côtés du couloir central du tram entre des plantations récentes qui disparaissent loin, des immeubles en construction qui grandissent à l'extérieur des corps retranchés dans une nouvelle insomnie sur les banquettes, assis, debout, certains plus vaillants accrochés à une barre, tous réunis dans une intimité collective. On n'entend plus que la plainte métallique des rails qui accompagne tout ce monde jusqu'au prochain arrêt du boulevard, large chaussée tracée sous les feuillages à proximité des chantiers où s'élèvent des grues géantes. Dans sa cabine le mécanicien s'affaire seul dans les hauteurs à l'extrémité de sa tour métallique. Vous n'avez pas vu passer une cigogne près d'ici ? Cette question doit paraître absurde pour le grutier suspendu au-dessus des façades de béton, bien indifférent sans doute aux évolutions soudaines et passagères d'un quelconque volatile. L'oiseau a sans doute rejoint une terre oubliée à l'approche des rives du Rhin. Un panneau indicateur signale la direction du terrain d'aviation. La piste d'envol ne doit pas être très loin des terrains herbeux tout près des espaces marécageux ?


Musau_batiments_.jpg

Non loin une musique d'u pays lointain se déverse sur le trottoir qu'elle accompagne avec les premières allégresses du jour, librement, dans les lumières d'été. La chaussée traîne encore toutes les rumeurs nocturnes, les lassitudes terrestres jusqu'au bar maghrébin occupé par ses premiers visiteurs qui coltinent leurs songes, debout à côté de quelques chaises, leurs regards égarés dans les pages des actualités autour de trois tables repeintes. Lentement le jour dépose ses éclats perdus jusqu'au square encore très silencieux à l'heure des reprises d'activités qui s'organisent peu à peu, avec nonchalance, tout près des longues façades de l'habitat populaire à l'entrée des grands espaces ouverts vers lesquels se précipitent les exigences d'une cité qui grandit. C'est là, cela doit être ici le pays de l'oiseau blanc, un peu plus loin, le long d'une rue étroite qui serpente au hasard de l'histoire, sans plan précis entre des immeubles récents, des maisons individuelles d'un temps écoulé ou quelques demeures à la dérive sur les bords d'un étang dans un jardin secret derrières les rangées de haies.

Accoudée sur le bord de sa fenêtre une femme attend et reluque les derniers aménagements du jour, les rideaux écartés pour accueillir une matinée indiscrète.
- Bonjour Madame ! N'auriez-vous pas aperçu un grand oiseau blanc ?
Son visage se fissure aussitôt au fond d'une belle vague de lumière.
- YO, yo, ça ne va pas ? ?

Musau_.jpgLa voix plaintive marmonne avec désinvolture des sons désarticulés presque incompréhensibles qui se perdent quelque part sur le chemin des fleurs d'été à l'abri des arbustes au voisinage de l'étang de pêche à quelques mètres.
YO, yo, ça ne va pas ? ?
Et cela fait plouf sur le rideau d'eau. La pensée hésite, chancelle devant la clôture de bois, plus loin le long d'un grillage jusqu'aux feuillages d'un ruisseau éloigné des premières turbulences d'un jour singulier.
YO, yo, ça ne va pas . . . . . . . la tête ? ? ?
La tête! La tête d'un étranger bizarre, les cheveux en broussaille, un chasseur d'un oiseau blanc !
Ça ne va pas la tête !
La boîte crânienne résonne, les pensées se bousculent en face d'une dame inconnue avec ses principes bien établis, ses informations codées, ses habitudes bien programmées que vient de rencontrer un passant égaré d'un aspect louche à la recherche d'un volatile. Quel monde, quel désastre !
Yo, yo, ça ne va pas la tête ?
Plus près de la maisonnette abandonnée aux parfums sauvages l' âme se heurte aux ignorances, aux idées préconçues, aux incompréhensions. Tellement normal quand les actualités enterrent le public sous des tas d'ordures ou des luxures innommables, quand la vie d'un oiseau paraît dérisoire et sa recherche d'une stupidité désolante.

Yo yo , ça ne va pas la tête ? ? ?


Pourtant ce matin a l'éclat d'un sourire généreux. Le chemin emporte ses légèretés, des gaités à l'approche d'un restaurant campagnard récemment rénové qui expose sa belle apparence colorée. Le vagabondage fait des galipettes sous les platanes d'une route oubliée dans un paysage urbain de plus en plus désordonné en laissant au loin la madone apprivoisée. Un quartier singulier d'une centaine d'habitats cubiques apparaît étendu jusqu'à la frontière d'un vaste terrain étalé dans un bain de lumière que survole un avion de tourisme de l'aéro club de la cité.

Voilà une belle étendue qui se réchauffe au soleil des premières heures du jour! Voilà un grand royaume sans maître, sans sujets, une vaste aire de jeu posée sur les herbes tondues et quelques diversités florales. Là, un pays, un continent à l'abandon qui prolonge sa solitude vers des hangars clos et un grand espace offert à des oiseaux migrateurs en recherche de nourriture. Le rescapé du ciel devrait être icii à quelques mètres des premières villas bourgeoises bâties à la frontière d'un monde interdit avec ses barres de béton percées, ses squares d'où partent des impasses incertaines perdues dans la lumière de l'été. Devant les portes d'immeubles des jeunes guettent leurs instants d'existence. Un silence encombrant se fissure tout à coup dérangé par le ronronnement bruyant d'un scooter en fuite dans une rue du quartier.

- Hé ! Tu cherches quoi ?
Surprise! Etonnement ! Un jeune garçon réapparaît dans l'insouciance d'un moment inattendu sur cette terre inconnue. Il tombe d'une planète étrangère au bout d'une rue quelconque que bordent quelques pelouses tondues, à droite dans une tache d'ombre d'une longue barre d'étages construite à gauche de la chaussée.
- Dis, tu cherches quoi ? Je peux te renseigner.
- HEUEU . . . . Un oiseau blanc . . .
- Tu veux dire un poulet ? Chez nous on les attrape crus et on les met dans la casserole.
- NON ! NON ! Je veux dire une cigogne, une belle cigogne blanche !


A._de_Saint-Exupery_.jpg Tel un papillon multicolore il voltige dans un courant d'air, sa chevelure noire, si légère, qui fait des vagues dans les flaches d'un soleil de plus en plus éclatant; Tout près, à deux, trois mètres, ses yeux de lumière vagabondent par-dessus son tee-shirt de couleurs entrelacées. Il avance d'un pas et insiste.
- Tu cherches quoi ? Tes un flic de là-bas ?
Sa voix n'est plus q'un petit souffle léger, à peine perceptible, très vite fondue dans la lumière du soleil matinal. Il hésite un moment sur sa planète inconnue debout dans un tout petit coin de l'univers. Silencieux, immobile, il sirote tranquillement son rayon de soleil sur le trottoir de sa voie lactée.
- Attends ! Je cherche mon grand frère !

Sa décision apparaît d'abord comme une simple invitation après un moment d'agacement devant l'inexplicable présence d'un visiteur venu d"ailleurs, d'un lointain passé de l'histoire humaine. D'une autre monde éloigné d'une nouvelle planète.
- NON ! Non, Attends ! Je ne suis pas un flic ! NON! Regarde ! Je ne suis qu'un pauvre humain, quelqu'un qui débarque chez toi et qui cherche . . ..


Il se pose alors plus près avec sa belle voilure d'été. A un mètre maintenant, rassuré, la tête légèrement baissée sans dire un mot.
- Tu sais, je cherche un grand oiseau blanc, un peu de noir au bout de ses ailes et avec un long bec rouge. Je crois qu'il est venu chez toi pour trouver un peu de nourriture.

Les yeux de l'enfant brasillent, toujours plus lumineux dans le flot matinal à l'heure des derniers sursauts d'une nuit de sommeil. I l s'écarte un peu. Il fait quelques pas vers l'immeuble de la cité accompagné par son sourire enfantin et des petits gloussements de satisfaction.
- VIENS ! Viens ! Tu peux venir chez moi ! J'ai deux canaris dans une grande cage. Ils ne sont pas très grands. Ils sont beaux. Tous les matins ils chantent quand je me lève. VIENS ! Tu peux les regarder. Là-haut, c'est chez moi !
Merveilleuse voix , un filament d'or d'une autre planète couchée dans les rayons du soleil tout près d'une longue façade de béton, devant une porte close.
VIENS ! VIENS ! L'oiseau est chez moi !

Au bout de la rue, échappé d'une porte d'immeuble, un scooter file sur la chaussée, plus vite maintenant à la recherche de quelques sensations extrêmes, un adolescent debout, la roue avant soulevée par-dessus des poussières de lumière.
- Viens vite ! Ma mère est là ! Elle attend assise à côté de la cage; Elle écoute le chant de l'oiseau. Dès fois, elle pleure.
Son visage glisse dans un carré d'ombres. Ses yeux se noient au fond de la rivière d'un univers inconnu lorsque ses légers battements d'ailes s'abattent curieusement sur la fragilité d'un corps muet au bout d'un sourire blessé.
- Mais dis moi ! Dis moi pourquoi ta maman pleure-t-elle ? Dis moi ! Dis moi !

 Barre immeuble .jpg

# - Et l'enfant s'éloigne lentement en emmenant avec lui son petit cerveau connecté, ses secrets cachés dans des cases inexplorées qu'il faut découvrir. Il recule de quelques pas. Son corps multicolore file tout droit vers l'entrée de l'immeuble.
- Attends ! Attends ! Tu ne m'as pas dit pourquoi ta mère pleure de temps en temps !
L'instant se dilue dans un silence où, prudemment, on peut ramasser les arcanes d'une sphère singulière et inattendue. Etrange planète ! Tout y est tellement nouveau, une précieuse découverte d'un monde qui cache des choses inconnues.
- Réponds, s'il-te-plaît
Mais le papillon s'envole un peu plus loin pour aller s'évaporer dans une flaque de soleil. Cette nouvelle planète paraît tellement mystérieuse et son habitant tellement fragile et imprévisible. Il se retourne subitement, le visage rayonnant.
- TU VOIS ? Là-haut il y a mon petit frère. VIENS !

Prinsco_.jpg La cité reste muette dans la douceur des contours simples et réguliers; On dirait l'émergence d'un nouveau continent sur les longueurs de murs de couleur laiteuse badigeonnés en hâte dans une ville déserte. Là haut un tapis est suspendu au grillage devant une baie vitrée. Des soucoupes des chaînes de télévision captent des messages lointains. Et surtout ce gamin, si petit, dans l'éclat du jour qui regarde toutes ces choses, tant d'objets, tant de réalités incomprises, tant de jouets qui meublent sa petite planète d'un univers si vaste, si extraordinaire. Mais aussi ce silence autour de lui, cette attente, cette longue attente d'un véritable bonheur perdu dans le vide et qu'égratigne légèrement son souffle de vie. Il regarde. Il sourit.
A l'entrée de l'immeuble l'enfant lance encore ses derniers espoirs.
- Hé !! Comment tu t'appelles ?
Un instant d'incertitude escalade les premières marches d'une hauteur qui s'élève au pied des façades debout dans une belle lueur. La voix résonne dans l'espace d'une terre calme, paisible.

- ANTOINE ! Je m'appelle Antoine ! C'est mon nom ! Et toi ? ?

Puis c'est à nouveau le silence, l'attente, un court instant de solitude que parcourt l'allégro un peu agité d'un mouvement vif et joyeux.
- PrÏnzlô ! Prïnzlô (. . . . . Viens Antoine ! Là-haut c'est chez moi ! On va écouter l'oiseau ! Viens ! Il va chanter pour toi. . . . . Viens !
Il remonte très vite sur les premières marches de l'entrée, par petits sauts légers en face d'un pan de mur. Sur le seuil de l'escalier il disparaît tout à coup en emportant avec lui les mots d'un chant d'une âme égarée sur une planète inconnue..
- PRÏNZLÔ ! PRÏNZLÔ ! Je n'ai pas le temps ! Je n'ai pas le temps ! Dessine moi ton oiseau ! Je viendrai le chercher. Promis, je viendrai prendre ton dessin.


# - Au bout de la rue le jeune motard réapparaît, plus vite maintenant, à califourchon sur son engin, encore à l'entraînement de son numéro personnel d'un tout de voltige entre les rayons du soleil. Il file à côté du panneau qui indique le nom d'un aviateur célèbre à l'extrémité de sa planète familière: RUE ANTOINE DE SAINT-EXUPERY
La pancarte sur le poteau d'éclairage rappelle une jeunesse décidée présente au bord d'une chaussée déserte, oubliée sur une nouvelle planète dans un espace sidéral à la frontière de l'indifférence que rien ne semble vouloir déranger. Il ne reste plus que cette évocation sur un fond blanc, une histoire du passé, une destination incertaine.

Cite_et_enfant_.jpgIci la rue se consume lentement dans les flots de lumière entre des parcelles de pelouses et les étages qui s'entassent dans la longueur d'un soupir discret, d'un souvenir perdu au milieu d'une réalité monotone, entre une exubérance disparue et un chagrin muet; entre une présence radieuse et une absence pour une solitude noyée dans un bain de mélancolie ; entre un rêve de liberté et une réalité importune.
- Dessine moi ton oiseau. Je viendrai le chercher.

Quand, tout à coup, tout devient quelconque, anodin, pour une âme désorientée qui cherche obstinément son itinéraire brouillé sur un sol étranger et qui veut retrouver la trace d'un oiseau itinérant. Retrouver et comprendre pourquoi ce silence maintenant, pourquoi toute cette indifférence qui file sans bruit à la surface d'une fierté dans des mains d'un genre inconnu. Quand la pensée glisse péniblement au milieu d'un désert humain sur une planète qui présente des objets inédits, un paysage d'une apparence insolite à la dérive d'un bonheur simple d'une heureuse tendresse et d'une sincère affection. Quand la balade hésite un instant et que les contours visibles tardent à retrouver des couleurs plus rayonnantes.


Toutes ces 'émotions s'entassent là dans une rue déserte au flanc des murailles lavées, relavées chaque jour. La planète paraît inhabitée. laissée à l'abandon dans l'immensité des espaces de l'univers. Pour une longue attente ? Un renouveau ? Une mélancolie sournoise parcourt cette terre sans rires à présent, sans joyeusetés spontanées. Cette présence a un goût amer et des milliers de désespérances se cachent sous la pierre. Elles patientent en silence loin des actualités à la poursuite de vaines futilités sans importance, sans doute inutiles qui peuvent se perdre dans la vase des imaginations hasardeuses d'une poésie désuète.
Tel un profond ressentiment ! Tel un égarement sur un astéroïdes filant quand retentit une voix, un appel
- ANTOINE ! ANTOINE !
Là-haut derrière la grille de sa fenêtre ouverte Prïnzlô réapparaît. Sa voix dérape sur ses ailes translucides peinturlurées d'éclats de soleil.
- Antoine passe cet après-midi ! Je vais terminer mon dessin ! N'oublie pas !

# - Prînzlô a disparu. Il n'est plus là derrière la baie vitrée. On va penser qu'il ne reviendra plus pour parler aux grandes personnes, aux présidents, aux rois, aux vaniteux, aux buveurs ou aux businessmen de toutes sortes qui coltinent fièrement leurs vérités intouchables à faire rire un petit garçon d'une autre planète.
Alors soyez gentils ! Ne me laissez pas tellement triste: écrivez moi vite qu'il est revenu . . .
C'est un appel de l'auteur du Petit Prince qui s'était égaré dans un désert d'un pays lointain de la Méditerranée perdu dans les sables. Son sourire éclaire toujours la terre des humains. Prïnzlô s'amuse maintenant devant une cage d'oiseaux, sous sa main une belle page blanche qu'il est allé chercher au fond d'un tiroir. Et il observe les deux merveilleux oiseaux qui chantent tous les matins pour lui et sa maman
- Maman, c'est pour Antoine ! Il aime les oiseaux.
- Très bien ! Tu mettras aussi ton petit nom !
Rires subits et bruits joyeux glissent sur la route de la cité. Des paroles légères voyagent dans la lumière du jour le long de la rue. Un jour plus plaisant, plus lumineux encore quand les choses s'animent sous l'écriteau d'un jeune aviateur, auteur du PETIT PRINCE et qui, un jour, atterrit par accident au milieu d'un désert.

 Petit Prince. jpg.jpg

 Envol .jpg Et l'heure envoie subitement d'autres éclats de rire, des exclamations ininterrompues et des mots qui viennent d'un passé plus lointain: '
- 'Putain, putain, tu aurais pu te tuer; t'es fou.''
Mais le manutentionnaire Antoine de Saint-Exupéry resta silencieux dans son engin de fortune empaqueté dans une indicible satisfaction humaine avant d'autres exploits d'une vie d'aventurier. Sur le terrain du Polygone à Strasbourg il entendit les voix basses de copains qui se partageaient les dernières confidences, leurs admirations, tous étonnés des facilités offertes à un être pour faire tomber les obstacles avec l'aide des talents humains.
Debout sur leur planète-terre ils partageaient ensemble ces instants remarquables dans le souffle d'une jeunesse folle d'un pilote qui voulait escalader les nuages en 1921 dans son Sopwith de la Société Alsacienne de Transport.
- Cet avion-là n'était pas comme les autres. . . . Il me semblait que le moteur chauffait un peu , répétait alors Antoine de Saint-Exupéry

Quelques semaines plus tard il réussit son brevet civil de pilote et son brevet militaire à Strasbourg avant de s'envoler vers le grand large des airs du monde. Sur la façade de l'immeuble à Strasbourg au troisième étage une voix d'enfant appelle et insiste.
-Antoine ! Antoine !Je suis là ! N'oublie pas !Tu peux passer cet après-midi !

# - Tout ce petit bonheur qui s'écoule sur le trottoir de la rue Saint-Exupéry quand, de nulle part, surgissent les premières agitations de la cité. Un appel ! Une interrogation !
- Hé, tu cherches quoi ?
Ils ont l'air étranges ces jeunes occupants de la planète. Le ton est plaisant égaré au bord d'une curiosité qui suscite des interrogations. Sur leurs visages ils affichent une surprenante amabilité. Un instant leurs regards se croisent avant d'enchaîner.
- On peut t'aider, tu sais ! , répète le gars assis sur la selle à l'arrière du chauffeur du scooter.
Dans les buissons d'un terrain proche des oiseaux se mettent à gazouiller. Leurs joyeux chuchotis comblent l'incertitude d'un long silence avant l'explication embarrassée, hésitante.
- Oh, vous allez rigoler. Je suis à la recherche d'un grand oiseau blanc, un long bec rouge, le bout des ailes en noir. Vous voyez ? Il a du se poser non loin d'ici .
Leurs visages flottent un moment dans un jet lumineux, l'air étonné.
- Tu sais, nous, on ne connaît pas trop les oiseaux. Mais si tu veux tu peux demander la dame dans son jardin de l'autre côté de la rue. Elle connaît de drôles d'oiseaux. Elle peut te renseigner.

Fleur_du_jardin_.jpg Les mots s'éloignent sur la route tranquille de cette heure matinale, à quelques mètres des rescapés de la nuit alors que l'heure hésite dans son cadran terrestre. Dans le ciel bleu le soleil est suspendu dans le vide au-dessus d'une fleur de tournesol.
- Pardon! Madame, la piste Saint-Exupéry ? C'est par où ?
Elle a l'air surprise, légèrement contrariée en restant connectée à son smartphone. Un moment d'hésitation avant d'offrir une généreuse et rapide attention.. Son visage s'éclaire à côté de sa fleur de soleil.
- Vous avez dit, Piste Saint-Exupéry ? Oh, cher Monsieur, nous ne connaissons pas beaucoup de saints ici. Ce n'est pas notre première préoccupation. N'est-ce pas François ?
Monsieur sourit, rattrape un dernier message sur son smartphone, immobile devant la porte de son garage en face de sa belle voiture noire.
- Attendez ! Je suis à vous tout de suite.
Le mari est occupé. Ses doigts circulent à toute vitesse sur un écran lumineux. Il a l'air préoccupé, plongé dans un univers d'une galaxie lointaine. On entend de vagues explications, quelques recommandations qui partent sur les ondes vers un lieu inconnu.
- Dites à votre visiteur d'attendre quelques instants. Je serai là dans une demi-heure. Vous pouvez lui servir un café en attedant. A tout de suite !
Il raccroche. Aussitôt la sonnerie s'empare des instants d'attente devant la clôture d'une rencontre de plus en plus incommode.

- Pardon ! Je suis pressé ! A bientôt !
- Attendez ! Attendez ! Vous avez dit La Piste Saint-Exupéry ?Prenez donc votre smarttphone qui vous guidera sans problème.
- MERCI ! MERCI ! Votre tournesol m'la indiqué la bonne la direction. C'est nord-est, la route à droite !
Etrange planète d'un univers encore inexploré que traversent des ondes invisibles. Cet astéroÏde se cache à quelques distances d'autres astres lumineux, si petit, si mal connu. Une étonnante découverte ! Un monde habité par des créatures qui transportent d'innombrables absences dans des appareils serrés dans leurs mains. Ils se meuvent automatiquement d'une façon régulière sur leur sphère tempéré, presque inexistants.
- ATTENDEZ ! AtTENDEZ !
Trop tard ! La route repart vers la droite, direction la piste d'aviation.

# - juste un peu plus loin ! Un peu plus loin au tournant d'une rue tracée dans l'oubli en face des maisonnettes qui semblent s'être débarrassées des dérangements sonores trop nuisibles pour la vie. Au coeur d'une torpeur généralisée à l'abri des incommodités du jour et d'insoutenables curiosités. A l'arrêt sur une nouvelle planète. L'espace s'agrandit vers lequel s'échappe l'esprit de connaissance au milieu des plantes vivaces et des animaux cachés sous les feuillages. Cet nouvel astéroïde ressemble à une réserve naturelle bien protégée de l'intervention humaine à une centaine de mètres de la cité.
- Oh, quelqu'un m'a fait mal ! !
Mais personne se montre aux alentours. Personne !
- Ma peau au bras est brûlante. Ça fait mal ! !
Pourtant cette terre semble inoccupée, Ici il n'y a ni humain, ni bête.
- J'ai mal. On m'a piqué ! !
Mais rien, rien de vivant près d'ici. Si ! Si ! Une faible voix étrangère, tellement fragile dans un buisson tout proche.
- Pardon ! Je te demande pardon ! Je ne l'ai pas fait exprès Pardon !
- Tu es qui ? Je ne te vois pas; Tu es où ?
Un voile d'incertitude couvre un moment l'espace d'une terre desséchée et aride.
- Attention ! Tu vas marcher sur moi. Pardon ! J'ai voulu simplement te caresser.
Un chardon baisse sa lourde tête vers le sol, vraiment désolé.
- Tu sais iil-y-a des caresses qui peuvent faire très mal, certaines sont inutiles. Retiens cela ! C'est important !

Balade_.jpg

Un souffle léger emporte une réponse inaudible, peut-être une petite vexation compréhensible pour une plante qui n'a rien fait de mal. Comment pouvait-elle savoir ? Disons que son silence est scientifiquement normal. Parlons plutôt d'émerveillement pour un monde sensible et naturel qu'un humain a la capacité de découvrir. Ça vous va ? N'y-a-t-il pas un enchantement à saisir par hasard une nouveauté inattendue d'un univers singulier, d'une nouvelle planète à quelques dizaines de mètres d'un quartier populaire et de la rue Saint-Exupéry , tout près des habitations basses et sobres, dans la courbe d'une large clairière d'une étendue herbeuse assoupie dans la chaleur du soleil de la belle réalité du monde, la terre vivante des végétations et de la vie, l'essentiel sur des touffes jaunies ?
Diversité . . . Beauté . . . Le grand oiseau doit être par là !
- PSCH ! PSCH !Tu parles tout seul ! Fais donc attention ! Ne fais pas de bruit !

Un jeune garçon, un enfant encore, a ses trois doigts posés sur ses lèvres, les genoux à terre derrière les feuillages des arbustes épineux. Attentif et silencieux il guette, immobile, l'instant d'un jeu surprenant. Il sourit subitement. Devant lui dans les branchages deux ailes colorées s'agitent violemment dans l'éclat du jour avec un gazouillis strident en rafales successives. Un chardonneret, jaune, rouge, noir, crie les deux pattes accrochées dans la glu.
- Oh, pourquoi tu fais cela ?
- PSCH ! Tu m'embêtes ! Ne me déranges pas ? Silence !.
- Ce n'est pas bien ! Cet oiseau veut voler, voyager, vivre.
- Je veux le vendre . Ma mère a son anniversaire dans deux jours
Et il s'enfuit très vite à travers les herbes sauvages sur une terre bosselée, incertaine, à l'entrée d'un vaste estuaire silencieux qui se propage vers le bois. Il a disparu dans un passé qui déjà n'existe plus. Dans sa nouvelle demeure là-bas, plus loin, au bord de la route.


 Aviation Polygone 1920 .jpg Terrain du Polygone Strasbourg 1920

# - Au bout d'un champ vert, raboteux . . . La rencontre finit en face d'un terrain plat, abandonné des populations. Chardons, millepertuis, ombellifères fleurissent cette vaste étendue fermée par un long glacis d'un côté, des bois éloignés sur une autre longueur et des cités récentes au sud. Décidément cette terre ne possède rien pour nourrir un grand échassier ou un oiseau migrateur qui aime se poser au milieu des espaces humides pour chercher ses proies . Une cigogne n'a tien à voir ici. C'est une arène abandonnée aux portes de la cité, un stade immobilisé devant de lointains hangars.
Alors le regard s'échappe, s'en va planer au ras du sol, à droite, à gauche, dans toutes les directions. La vision s'empare de cette vaste immobilité du temps à l'arrêt d'une volonté humaine qui plonge lentement vers un assoupissement, léger d'abord, plus profond ensuite.. L'astéroïde devient quelconque, inutile pour une pensée qui fuit dans un univers plat, étrangement en attente de nouvelles actualités. Le chardon ne présente plus d'intérêt. Le jeune oiseleur est dans sa période d'inaction totale. PRINZLÔ reste enfermé dans son appartement clos. Ce monde glisse dans l'ennui, l'absurde ennui d'un passage incertain dans une immensité cosmique.

Le retour s'organise dans la chaleur des rayons du soleil, bientôt évident lorsque l'esprit reprend ses échappées singulières. Lorsque l'arène devient un champ de bataille pour des colosses ancestraux.
Grotesque !
Lorsque sur la piste on organise une course d'okapis applaudie par des célébrités mondaines;
Ridicule !
Lorsque tout bascule vers la réalité mondiale au bord d'un terrain oublié qui reprend mille couleurs, des rires, des acclamations jetées sur une cité.
Surprise ! !
Un avion se lance sur la piste. Il décolle et s'élève dans les airs.

 Aviation Espace .jpg

La réalité d'un avion de tourisme qui s'envole et monte dans le ciel bleu. La réalité de l'air, d'une atmosphère terrestre, d'un ciel lumineux sur les ailes d'un engin motorisé au-dessus de la cité populaire d'un borough strasbourgeois , l'espace de vie de Prinzlô et de sa famille, de quelques allumeurs de voitures du Nouvel An pour lesquels les journaux réservent les premières pages annuelles.
Les réalités d'un monde occupé par des êtres humains.
Lorsqu'un minuscule avion prend la direction d'une contrée provinciale, vire vers la droite pour se rapprocher des Vosges et reient se poser en douceur sur la piste d'atterrissage.
- T'es fou ! T'es fou Antoine !
Les invités d'un spectacle contemporain, artistes, athlètes, sportifs de toutes les disciplines applaudissent et chantent à tue-tête.
TU ES UN CHAMPION ! TU ES UN CHAMPION ! TU ES DES NÔTRES !

Le terrain du Polygone fête tout à coup sa gloire passée, trop souvent ignorée qu'on range volontairement dans les valises d'un voyage oublié pour les mettre dans un musée éphémère. De temps en temps on se contente de pathos inutiles, sans intérêt pour un passé qui devient fade pour l'histoire des hommes. Lorsqu'un avion minuscule s'arrête sur la piste d'atterrissage, retourne vers les hangars des aventures fantastiques et qu'on commence à croire à l'humanité.

# - Au loin les hangars restent exposés dans l'éblouissement du soleil. L'histoire a pris un temps d'arrêt sur cette terre étonnante qui veille, qui raconte en secret des tribulations passées, actuelles. Une présence intime terrée dans ce sol herbeux durci par la pesanteur des hommes ! Ce grand espace apparaît maintenant telle une finitude, l'achèvement d'une destinée et, souvent, tel un champ oublié et abandonné pour des raisons inconnues. Là se répand une large indifférence à l'arrêt de l'évolution de la cité. Pourtant, tout autour, des événements se succèdent. Une respiration traverse cet astéroïde d'un univers inconnu.
- ANTOINE ! ANTOINE !
Un cri s'échappe des brûlures d'été. L'appel vient de la cité et rebondit gaiement par-dessus les broussailles sauvages, de plus en plus rapproché, de plus en plus distinct. C'est une petite voix claire, un fredon joyeux qui court sur la pelouse verte à l'abordage d'un joli sourire. Plus près maintenant sur le chemin de terre cahoteux.
- ''ANTOINE ! Antoine, Antoine !'
Un papillon multicolore s'ébat derrière les touffes d'herbes et survole les pétales jaunes et rouges, d'une fleur à l'autre, d'un creux vers le terrain bien régulier des surfaces d'envol. A quelques mètres les yeux de Prinzlô s'illuminent sur son visage d'enfant;
- Regarde Antoine ! Regarde Antoine ! J'ai dessiné mes deux canaris. Ils sont pour toi. Ma mère a dit qu'ile sont très beaux. Prends les ! . . . . Salut Antoine !


Canari_Prinsco.jpg

Aussitôt il s'envole très vite vers la cité de l'autre côté du chemin rocailleux durci par des jours de sécheresse à l'extrémité des maigres herbages; Une courte distance seulement à sauter par-dessus herbes et feuillages avant de disparaître dans son quartier, cette zone périurbaine chassée de la mémoire des gens et qui resurgit de temps en temps à l'occasion d'événements malheureux, de scandales qui font frémir les esprits perclus, allongés sur des canapés en cuir; Mais aujourd'hui le jour a pris les belles couleurs d'une merveilleuse humanité planétaire. La beauté de l'innocence !
- C'est pour toi Antoine !
Et pour ceux qui laissent parler un coeur dans l'univers d'un sourire malicieux, radieux qui s'étale partout dans toutes les directions, devant, derrière quand brillent des éclats d'émeraude sur des brins fragiles et qu'il ne reste plus qu'une belle résonance d'un enfant, un beau chant des rues que fuient des passants en attente d'échéances plus dramatiques.

Ici, au présent, renaît encore l'essentiel d'un monde à découvrir, à reconstruire par des mots simples sur des pages blanches ou, par des images, sur des écrans lumineux. Ainsi l'écrit, ainsi l'image, ainsi les sons et les odeurs pourront faire renaître toutes ces rumeurs enfouies autour des êtres dans ce silence du passé, du présent qui évoque les bonheurs d'une longue et belle performance inscrite dans la réalité vivante à saisir avec volupté. Peut-être aussi, au bout d'un champ ou d'un marécage, cet échassier rare sur des pattes filiformes ?

# - Ces choses qui n'ont plus que très peu d'importance. Qu'importe toutes ces choses qui s'ennuient sous le soleil. Qu'importe à présent le grand oiseau blanc envolé ailleurs pour chercher sa nourriture. Il y a dans la main un dessin d'enfant venu d'une autre planète d'un univers d'astéroïdes inconnus. C'est important, non ? C'est là une autre réalité qui se met à germer sur ce large terrain vert et plat. Une belle réalité d'un enfant qui court sur un chemin rocailleux, qui appelle, qui file à la rencontre d'un simple humain, qui offre son dessin et qui disparaît aussitôt. Qui est-il ? Qui est ce prince ébouriffé, sautillant, pressé ? Sur sa planète il a oublié son deuxième canari qu'il doit rechercher dans son petit royaume de son pays étranger. Trop folâtre, trop distrait ! Et sans doute légèrement cabochard afin de rattraper son canari égaré.

Et tout à coup toutes ces nouveautés qui planent sur un aérodrome du passé, égayé par l'arrivée d'un petit garnement atterri sur terre en vol plané. Reparti à la vitesse d'un bolide électrique . . . Il a laissé des traces dans le sol durci par le temps, une longueur significative du temps des hommes. Il a éveillé une chanson perdue sur des murailles de béton. C'est étonnant ! Le terrain chante. Les fleurs recommencent à chuchoter, à raconter des histoires amusantes. Le monde a retrouvé du bonheur grâce à un visiteur léger, sorti de son atelier extra-terrestre.

Azure_.jpg Il faut saisir à pleines dents toutes ces choses qui s'éveillent autour d'un vaste terrain bien tassé. Des paroles filent dans la transparence de l'air. On dirait un langage de la vie, peut-être celui de l'artiste camouflé au milieu des feuillages et qui s'entraîne à des vocalises. Il laisse résonner les cordes tendues du soleil, avec patience, blotti dans ses profondeurs intouchables en laissant renaître aux alentours les plus proches, plus lointains aussi, l'étonnement incommensurable d'une musique irréelle dans un pays qui gère d'autres priorités humaines. Que signifient donc ces confidences intimes et paisibles abandonnées après le passage d'un enfant ?
Inutile poésie dont le monde n'a que faire ! Vaines rêveries pour certains satisfaits des connaissances d'entonnoir. Ils n'entendent plus ce chant de l'étranger. Ils n'écoutent plus les gaietés et les souffrances enterrées dans le passé et le présent, celles des fantastiques récits humains. Tout redevient silence ! Tout est silence ! Pourtant ce jour semble être une page d'éternité au raz du sol d'un espace ouvert aux fluidités invisibles au milieu desquelles on plonge sans dire un mot, muet, surpris quand l'heure heurte l'imprévisible, l'émerveillement des caresses douces et des couleurs d'une balade, soudainement transformée, le corps retenu dans des baskets blancs, allongé dans les herbes, un dessin d'enfant dans la main. C'est un canari enfermé dans sa cage, une fleur rouge dans son bec.

L'étonnement s'installe, dure. Il glisse des hauteurs éloignées, inconnues, par-dessus la floraison des plantes, parmi les mouchetures colorées des fleurs qui partagent leurs vapeurs parfumées; Là devant, toute une immensité d'un océan bleu étalé tout près de la cité urbaine aux accords d'une symphonie inachevée, orchestrée dans les appartements des HLM. Pour une grande Première d'une nouvelle partition retrouvée sur la route de l'histoire qui revient au devant de la scène, au-delà d'un vécu trop plat sur une planète sans intérêt. PrÏnzlô , a fait son tour de magie sur la planète de l'insolite.
L'événement laisse stupéfait le visiteur d'une autre hémisphère. Il s'émerveille, admire le canari et la fleur rouge sur une terre, au repos depuis de longues décennies à la périphérie de la grande cité, là où la pensée ralentit subitement devant un long grillage posé sous des fils de fer barbelés. Là où tout semble s'arrêter d'un seul coup, une belle réalité disparaître. De l'autre côté de la clôture un homme fait quelques pas dans son habit d'officier.
- PARDON ! Vous faites quoi ici ?
- On garde !
- PARDON ! Vous gardez quoi ?
Il hésite un moment avant d'enchaîner avec un accent espagnol d'une lointaine province andalouse.
- Nous gardons l'EUROPE, la DÉMOCRATIE ! !
- AH ! ! !

Bizarre ! Etranges ces humains ! Souvent si admirables ! Le regard s'empare rapidement du dessin de PrÏzlô, de son canari enfermé dans sa cage, une fleur dans son bec. L'oiseau veut s'envoler et offrir son merveilleux cadeau. Dans le ciel au large de la rue Antoine de Saint-Exupéry et de la cité urbaine, un avion de l'aéroclub escalade quelques strates de l'atmosphère, encore plus haut au-dessus de la caserne du Bataillon Européen de Strasbourg et de ses containers verts et jaunes rangés derrière la longue frontière grillagée.

# - A l'écart maintenant, au présent, au milieu des herbages, loin des sensations guerrières, des jalousies de toutes sortes, des intérêts hostiles.Si loin des peurs qui vous étranglent. Ici, une heure d'étonnements, un flirt aimable avec les réalités terrestres, d'autres réalités, un amusement de jeu libre. Sur la terre durcie des oiseaux se chamaillent pour une petite graine tombée des branchages. Ils sont dix, quinze, toute une tribu en liberté dans une flaque de lumière qui éclaire leurs plumages colorés, sans apparat particulier, aux allures de mécaniques vivantes jetées au milieu du chemin qu'accompagnent des guilleris légers et stridents. Ces bagarreurs innocents s'envoient des coups de bec successifs, puis s'envolent aussitôt dans les branchages en gringottant des gaietés incompréhensibles; Pourtant si fragiles ces corps en miniature fuyant les agitations imprévues inscrites dans leur mémoire secrète.

Que de belles découvertes sur un chemin d'un passé tenace qui resurgit à chaque instant, abandonné au large d'une monotonie déserte que rappellent tout à coup, des hasards, des objets perdus, un mur, une clôture. Des bruits aussi, les hurlements sinistres des premiers avions de la Luftwaffe allemande des années de la grande guerre en Europe, ou ceux, plus tard, des Sopwiths anglais venus se poser près des hangars de la cité meurtrie. Une mémoire, une mémoire à l'abandon qu'on permet de retrouver le jour des morts, rarement pour la célébration des vivants.

Canaris .jpg Aujourd'hui c'est bien la mémoire des vivants. Ceux, celles qui ont bravé et qui défient ce qui paraît inaccessible, l'impensable. Mais pourquoi mémoire ? Plutôt souvenirs ! Plutôt rencontres dans l'étendue des regards de vie qui se cherchent, se rencontrent dans un présent qui se gonfle d'un avenir sur la mouvance d'une pensée sans cesse active et d'innombrables langages.
Non pas des silences ! Non pas des trahisons !
Mais une foire de joyeusetés et d'ivresses exaltantes, des courages, des libertés. Mais des marchés de bavardages, d'échanges, de rires, de confidences. La bande de volatiles ne cesse ses chamailleries bruyantes parmi les rares brins isolés et les arbustes rabougris. Cela dure des longueurs délurées. Que d'étonnantes minutes de bonheurs libres sur une terre qui hésite à s'emparer des raretés de l'existence et des folies des hommes.
- T'es fou, Antoine ! T'es fou ! Saint-Exupéry, vous ne vous tuerez jamais en avion sinon ce serait déjà fait !

Echanges ! Bavardages ! Réflexions ! Amours !
Prïnzlô est encore un oiseau enfermé dans sa cage familiale. Il n'a qu'une fleur rouge à partager avec les vivants, tous les vivants qui croient encore à l'essentiel, un grand bonheur d'enfant d'une planète inconnue à saisir très vite.

Tout ce qui reste à inventer aujourd'hui, à réinventer. Ici toutes ces choses des espèces vivantes et de l'humain. Tant de choses de l'enfance, d'un coeur qui veut s'envoler encore enfermé dans sa cage, pour un certain temps. Pour toujours, pour la vie, espèrent certains êtres prétentieux, trop soumis à d'aveugles exigences. Mais là n'est pas sa destinée dans cette cité où l'on voit les grues de chantiers s'élever de toutes parts, le monde se construire, se reconstruire avec mille incertitudes, des milliers d'espérances aussi.
Prïnzlô n'est pas loin. Debout sur sa planète ill doit dessiner un deuxième oiseau, libre, dans un ciel d'azur pendant que l'esprit cabote de droite à gauche, d'un aéroport du passé jusqu'aux forêts du Rhin, d'un exploit d'un jeune aviateur vers d'autres exploits, d'une mémoire figée vers une rencontre exultante. Tout près du grand fleuve qui a tracé sa route entre la France et l'Allemagne. Des objets s'animent dans le regard ébloui par le soleil et l'on revoit un léger plumage s'élancer plus loin. Un léger bruit aussi au bord d'un buisson d'épines . . .

# - C'est un bruit qui se fissure, s'évade tout près du chemin. Il disparaît , revient. Non pas des souffles amènes de la vie ou des légers cris joyeux des tumultes naturelles des espèces vivantes. C'est plutôt incommode à l'heure d'une belle solitude, comme un subit dérangement dans cet grand espace d'une terre retirée dans un paisible repos. Une familiarité des travaux domestiques, là si loin des animations humaines à une courte distance d'une caravane isolée à l'ombre d'une heureuse humeur d'été. Ce bruit de vaisselle surprend ! Des tabourets apparaissent devant la porte entr'ouverte. Une table de camping est rangée avec les ustensiles d'un repas récent.

Une nouvelle planète dans une belle tranquillité ! Un passage lent vers l'ordinaire ou plutôt vers l'extraordinaire inattendu sur une nouvelle terre insolite à quelques mètres d'un habitat en tôle, le toit voûté, les extérieurs relavés et brillants pour la belle saison, des fiertés remises à jour exposées au bout d'une vaste monotonie.
- Tiens, c'est vous. Quelle surprise !
Une dame apparaît dans le cadre de la porte de la caravane. Elle reste immobile. Une longue robe noire couvre son corps légèrement empâté que de longues années ont remodelé avec patience. Avec l'assurance d'une autorité bienveillante, aimable et souriante les mots se suivent sans bousculade.
- Vous ne vous souvenez pas de moi ? Je suis la maman de Marco. Je crois que c'était un élève bien difficile. Il a du vous faire souffrir. . . Croyez moi ! Il a grandi et il est devenu bien plus calme.
Rentrez ! Venez prendre un café ! Cela me fera plaisir. Venez !

A l'arrêt .jpg

Subit relâchement pour un confort simple, une heureuse détente qui s'empare du corps. Sur une banquette en simili-cuir gris-bleuté s'étale une soudaine satisfaction parmi des volutes lumineuses d'une étrange contrée. Un bonheur s'improvise au raz d'un grand espace de verdure envahi par le soleil qui laisse briller ses éclats derrière des rideaux brodés au milieu des herbes sauvages, sur les ailes des papillons grisés par la chaleur et qui hésitent à se poser un court instant sur les brûlures d'une feuille d'été. Et ce soudain questionnement dans cet admirable univers.

L'heure laisse planer une longue rêverie emportée par un courant chargé de parfums qui s'échappe par l'ouverture de la porte de la caravane On rencontre ici un monde surprenant en haut d'un simple escabeau, puis quelques marches sur le plancher, la pensée vaguement agitée par ce qui peut paraître un rien, un simple murmure de liberté qui rejoint l'aile colorée d'un oiseau ou une pétale d'une fleur translucide. Tout ce qu'on peut supposer inutile, sans aucune importance à l'époque des grandes productions performantes. Alors la vue s'embrouille, le regard se dirige sur un toit blotti plus loin dans la verdure jusqu'au bout d'un bras d'acier d'une colonne géante debout dans le ciel. Et tout à coup une heureuse interpellation au bout d'un couloir meublé.
- Ainsi donc vous voyagez loin des bruits de la ville ?
La question invite à un brusque retour à la réalité. C'est une voix humaine, presque maternelle qui s'adresse au passager clandestin écarté de sa trajectoire, à la dérive sur un glacis de lumière d'une planète solitaire dans l'immensité de l espace stellaire.
- Oui, une balade ! Une petite balade !. . .Je veux dire . . . C'est vraiment bien chez vous.
- VOUS CROYEZ ? ? . . . . Attendez ! Je vous prépare le café.

# - Le sourire laisse paraître une belle sérénité, une douceur à la surface d'une montagne. Heureux étonnement ! Il vient embellir le visage d'une mère attentionnée pour son visiteur imprévu. Une gène passagère la trouble. Elle l'écarte rapidement dans un coin d'ombre. Ce moment d'inconfort est vite dissipé, perdu dans cet espace vital rempli de richesses humaines inconnues. Debout dans son abri familier la mère accomplit sa gestuelle simple avec assurance le long de son ample corsage sombre que rallonge sa jupe plissée. Ce temps lui appartient, là, inscrit pour toujours dans les mouvements lents des habitudes journalières bien précises. De temps en temps, impassible, elle verse une quantité d'eau dans son filtre, la main suspendue aux arômes qui envahissent peu à peu tous les recoins de la caravane.
- Votre café sent bon ! .
- Vous croyez ! Vous croyez ? VRAIMENT !

Rideaux .jpg Vraiment ! Vraiment ! Vous croyez ? Vous croyez ?
Ces mots filent avec légèreté vers la fenêtre qui laisse passer des souffles chargés des senteurs du terrain. D'agréables parfums envahissent l'intérieur de la caravane, un repos confortable, un bien-être sans méchanceté, sans agressivité d'instants folâtres qui viennent musarder dans la voilure blanche des rideaux, et, plus loin, dans l'espace des forêts et des échassiers sauvages.
Vraiment ! Vraiment ! Vous croyez ?
Sue cette planète on finit par croire à la magie du merveilleux, de l'invraisemblable. On embarque pour un voyage fantastique dans un univers inconnu que les hommes ont rangé dans l'oubli d'un monde qui ne les concerne plus. Pourtant il est là à la périphérie de la cité qui ronge les terres de l'histoire celle d'un jeune pilote fou, rêveur d'espaces et de fraternité.
- Dites-moi, comment s'appelle votre étrange planète ?
- Elle s'appelle Nomade ! Un nom sans importance.
Un rien, presque rien bouscule la pensée détournée de son chemin. Elle s'interroge un court instant.
- Vous voyagez ? Vous vous déplacez d'un endroit à l'autre ? D'une cité à l'autre ?
- On peut dire cela: je voyage. Le matin je vois le soleil se lever à droite du côté de lAllemagne. Le jour je suis sa route jusqu'aux montagnes des Vosges et j'attends le coucher assise sur cette drôle de planète. Tous les jours je refais le même chemin.
Alors la pensée se bloque dans son écrin avant de reprendre le large dans la lumière d'un aéroport.

- Ce voyage est rare, unique. Il faut le noter dans les pages du guide de notre mémoire.
- 'Vous croyez ! Vous croyez ! Vraiment ?
Ce n'est pas très fatiguant mais cela suffit pour mes heures de bonheur.

Les mots s'enchaînent avec une certaine légèreté accompagnés de quelques faibles éclats de rire et de brèves allusions à sa situation très précaire qui l'empêche, bien sûr, de partir plus loin sur sa planète bien trop petite.
- Vous pouvez prendre l'avion et aller sur une autre planète.
Une telle opportunité semble plutôt l'amuser, étonnée d'une telle naïveté étalée sur sa banquette dans un environnement peu habitué à de telles rencontres. Une courte réflexion s'empare un instant de son être immobilisé avant de reprendre sa belle autorité maternelle .
- Vous croyez ? Vous croyez, vraiment ?

Debout devant sa cafetière la mère s'affaire sans se presser. De temps en temps elle jette un coup d'oeil rapide sur une photo exposée dans sa vitrine. Elle se retourne subitement, le dos tourné à la banquette pour échanger quelques mots sur son smartphone sorti d'un coin du corsage. Quelques mots inaudibles s'échappent dans l'étroit passage entre les parois meublées. Ils disparaissent aussitôt.
- Voilà ! Le café est prêt ! Prenez tout votre temps. annonce-t-elle d'une voix calme.

# - Là, elle se contente du temps arrêté sur sa corpulence. Elle paraît résignée, sans dire un mot. immobile, adossée à son mobilier adapté aux plus petits recoins des surfaces de son espace familier. Rien qu'une heureuse présence humaine. De temps en temps son regard s'égare. Il se pose sur les boiseries sculptées, sa vitrine d'une mémoire conservée à l'abri du temps, des portraits d'enfants souriants à côté d'un jeune couple marié. Et aussi une statue d'une vierge silencieuse rapportée d'un voyage de Lourdes. D'un geste précis elle caresse sa chevelure et remet dans son chignon une mèche égarée sur son front dans l'attente d'un événement imprévu.
- Vous prenez un sucre ? Servez vous!
Les mots accompagnent une lente escapade vers un ailleurs, un pays qui doit être lointain, peut être celui des premiers aventuriers de l'Europe Centrale et des cavaliers nomades des royaumes AVARS filant sur les terres de Bohême. Son visage s'illumine. Elle a peut être rejoint les guerriers francs de SÂMO qui a vaincu le roi Dagobert en 631, le souverain de l'Austrasie rhénane ? Vraiment ! Vraiment ! Quelle importance ? Un sourire s'échappe de son être. .Dans son regard attendri apparaissent des lueurs qui viennent éclairer son univers d'une mère solitaire qui domine un royaume imprenable. Elle observe son visiteur quelques secondes puis s'avance en direction de la porte pour y laisser fuir une pensée, une attente.

Avion Polygone Stras; .jpg Un avion de tourisme de l'aéro-club est arrêté à l'autre bout du terrain. Il va s'élancer sur la piste pour rejoindre les hauteurs de l'atmosphère. La dame regarde ce moment privilégié.
- C'est toujours un bonheur pour moi de voir partir un homme et s'envoler vers le ciel. Vraiment !
- C'est vrai ! Et puis ces machines volantes sont tellement légères. On dirait des oiseaux ! Une belle cigogne, par exemple.
- Vous croyez ? Nous ne rencontrons pas beaucoup de cigognes ici. Ce n'est pas leur terrain favori.
Sa main glisse sur sa chevelure de jais avec une lenteur inaccoutumée, telle une caresse sur son crâne pour montrer une satisfaction, peut être aussi pour exprimer une certaine impatience qu'elle semble dompter avec une belle maîtrise, toujours très posée et calme. Sa pensée fuit sur un sentier broussailleux tracé à travers une actualité mystérieuse, perdue à l'extrémité d'un temps qui semble s'échapper, encore s'échapper. Elle écoute. Elle observe et laisse une impression d'mpatience. La pause s'allonge sur la banquette de cuir, dehors sur cette nouvelle planète. Quelques mots simples, un sourire, une petite attention meublent ces instants très particuliers.
- Prenez votre temps ! Prenez votre temps ! Cela vous fera du bien.

Sans se presser elle ajuste discrètement ses pensées éparses logées quelque part au bout de sa belle corpulence. Un court instant seulement d'un nouvel glissement sur un sentier forestier ! Ou une attente brève d'un temps d'incertitude. Puis, sans hésitation, sans hâte, elle se rapproche à nouveau de la porte qui mène au monde naturel à quelques distances du terrain d'aviation. Plus loin, au bout de la piste, l'avion Saint Exupéry attend encore sur la ligne d'envol. D'un geste inattendu elle reprend son smartphone pour échanger quelques mots et de réagir aussitôt aux remerciements et aux intentions de départ de son invité de passage.

- Non ! Non ! Attendez un moment. Vous prenez bien un deuxième café ? Je vous l'emmène tout de suite. Attendez !


 Au loin sur un terrain. jpg.jpg
# - Le ton est surprenant. Il émane d'une volonté qui veut refuser toute contestation même si elle pouvait paraître raisonnable. Un ordre dans un gant de velours ? Sans doute une simple iamabilité ou un souhait caché pour un moment de plaisir à partager dans la durée.
- Prenez tout votre temps.
Une telle distraction doit être rare pour une femme habituée à voyager avec son soleil du lever du jour à son couchant. Cela doit engendrer des heures d'ennui et de solitude qui doivent laisser une profonde mélancolie qu'on a de la peine à exprimer. Un être humain peut abriter tant de mystères inaccessibles rassemblés dans de sombres couloirs qui mènent vers un vaste océan. Ce sont là des suppositions qui finissent par s'évanouir. On devine plutôt une humeur paisible d'une attente sereine et patiente éloignée de toute tristesse. Elle regarde. Elle écoute. Elle est une présence silencieuse, une contemplation du temps qui traîne d'infinies confidences d'une lointaine mélodie.
- Que pensez-vous de mon café ?

 A l'arrêt au Polygone .jpgLe sourire transmet un sentiment merveilleux d'une mère. A l'arrêt sur sa planète elle bouscule subitement ses habitudes séculaires pour venir s'asseoir sur la banquette en face de son invité. Elle sourit encore avant de pavoiser sa demeure de mots qui défilent en douceur.
- Vous ne pouvez pas savoir tout ce qu'on peut découvrir sur ma si petite planète. Le soir je vois mes plantes bien fatiguées, épuisées des chaleurs du jour. Certaines perdent leurs belles couleurs transparentes et lumineuses. Le matin tout change. Elles retrouvent leur beauté à l'aube quand les premiers oiseaux crient leur joie d'être là. Vous savez ma planète peut être étonnante. Vraiment étonnante . .

Elle s'arrête . . Un bruit de moteur s'échappe du terrain. Avec vélocité elle se lève, se précipite vers la porte pour regarder à l'extérieur de la caravane.
- Rien ! Ce n'est rien L'avion vient de décoller !
Songeuse dans son corps qu'elle semble entretenir avec soin, un temps trop court pour plaire encore, d'avoir quelques caprices d'une rareté toute naturelle, patiente, elle reprend sa place et son sourire avant de ranger ses pensées qui ont fui sur un chemin de travers à l'horizon d'une incertitude ou d'une subite errance.
- Regardez il me reste encore quelques petits gâteaux de ce matin. Ne vous gênez pas.

Comment faire pour rattraper la pensée d'une humanité qui, à chaque instant, s'apprête à partir, à repartir dans l'espace d'un univers lointain ? Il est peut-être temps de dire au-revoir, un au-revoir pour un prochain retour et de quitter cette planète singulière d'une galaxie oubliée chargée d'énergies inconnues qu'un petit prince de la cité a laissé sur sa route d'enfant. Encore un petit moment, un court moment car la régente a fait un signe de sa main. Elle n'a pas fini de parcourir son monde, son terrain, sa planète pourtant si petite et de reprendre la direction d'une nouvelle contrée d'un rêve musical. Elle écoute ! Elle sourit encore en entendant un GYPSY AIR que jouent Luka Sulic et Hauser sur des rivages continentaux.
- Atendez, attendez ! Il me reste un millefeuille pour vous.

# - Dehors, dans les airs, au-dessus des immeubles de la cité suburbaine, vaste débarras de toits, de clochers , vers l'horizon d'une étendue plate, la pensée se déprend d'infâmes servitudes. Elle est liberté, paresse. Elle folâtre dans la luminosité du soleil au large d'un fleuve multiple-millénaire, plus haut dans le ciel bleu, en balade, avant une subite descente sur un sentier solitaire, tout près d'un nuage de poussière, encore si loin. A peine visible ! Le nuage de lumière s'échappe lentement des rues de la cité, au bout du terrain. L'aimable dominante pousse son corps un peu plus vers la droite, très légèrement.

- Prenez tout votre temps! Ne soyez pas pressé! Le temps vous appartient!

 Au bout de la piste .jpg

Le temps vous appartient ? Une belle réalité, des moments incertains ou un beau projet maternel ? Imperceptiblement l'esprit se désagrège à l'ombre du soleil. Seconde après seconde une histoire improbable s'invente sur la banquette en face d'une tasse de porcelaine qui renvoie ses touffes d'arômes sur les placards d'un espace singulier. Tellement étonnant ! Si particulier et subitement fripant dans une marre de soleil. Cela finit par s'apparenter à une pause de relaxation sur une planète entourée de bizaroîdes incompréhensibles qu'emporte un regard brouillé au bout de la terre fissurée dans la lumière envahissante de l'été, plus loin encore vers les étages des blocs HLM. Cette journée est belle d'une durée volage qui s'improvise librement au milieu des herbes et des broussailles.

De l'autre côté de la vitre un gazouillis d'impertinences perturbe une tranquillité d'un royaume soumis à des ferveurs inexpliquées répandues sur des strates de l'histoire ancienne , ou, plus récente, celle qui somnole sur des plages inconnues d'un monde qui recrée un futur. Patiemment dans une station planétaire vitrée dans la perspective rare d'une nébuleuse de bluettes brillantes derrière une voiture noire lancée sur sa trajectoire.

- Ne bougez pas! J'ai une surprise pour vous!

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 Aventure Petit Prince .jpg


# - Tout ce temps vous appartient !Un temps pour une surprise qu'un gamin attend le jour d'une fête! Dehors les chuchotis stridents crissent le miroir lumineux de la terre où s'ébattent les passereaux en sifflotant avant de s'envoler précipitamment, plus loin, sur les branches d'un arbuste rangé tout près du chemin sur lequel s'élève, encore très loin, la nuée de poussière derrière une voiture noire. Pendant ce temps les volutes de café s"égarent dans les hauteurs, disparaissent dans un coin de lumière et une mère patiente dans un silence d'émotions recluses. Avec une certaine nonchalance elle tripote son coeur d'amour en jetant un ultime regard vers la porte par intervalles régulières, presque en cachette pour revenir plus rassurée, plus souriante.

Ces instants très rares coulent, sur une plate-bande d'insolence d'un repos qui paraît immuable. D'un mouvement lent l'héritière s'installe sur le seuil de la porte après un dernier coup d'oeil, un sourire discret en direction de son invité, surpris, rangé dans une douce incertitude. Un bonheur ineffable caresse le visage de la dame,, envahit tout son être. Dans ses yeux on voit jaillir des éclats lumineux. Immobile maintenant dans son royaume imprenable, elle fixe l'horizon, un point noir qui file en bordure du terrain d'aviation. A des dizaines de mètres sur un chemin cahoteux, tout près, à l'arrêt, à quelques mètres de la caravane.

 Enfance petit prince .jpg

Un homme claque la porte de la voiture. Il reste debout parmi les herbes sauvages et les fleurs du jour sans dire un mot, robuste dans ses légèretés d'été, le dos bien droit, raide au bord d'un trésor caché. Il fait un saut vers la gauche et laisse échapper un enfant assis par terre, très vite debout les bras écartés dans les rayons de soleil, un bien précieux qu'il tient dans sa main. Il court, il appelle
- ANTOINE ! ANTOINE !
Il atterrit avec sa joie d'enfant qui traverse la porte ouverte.
- ANTOINE ! ANTOINE !
Stupeur et effluves de bonheurs partagés.
- PRINZLÔ! Prinzlô ! Que fais-tu là ?

L'enfant rit, s'agite sur la terre brûlée.
- ANTOINE ! Antoine ! Regarde, regarde ! J'ai dessiné pour toi le grand oiseau blanc. La cigogne, c'est pour toi.
- Oui, regarde ! Elle est revenue d'Allemagne après une visite à l'hôpital..
Les grandes personnes se cherchent d'un regard amusé. Elles s'interrogent.
- Comment çà ? Elle est revenue de l'hôpital en Allemagne ?
- OUI! Tu sais elle est venue m'apporter un petit frère car en Allemagne c'est moins cher
A coté de sa voiture l'homme éclate de rire. MARCO sourit à sa mère pétrifiée sur sa planète égarée dans un champ d'humanité.

G. Kautzmann - Strasbourg le 4/06/020 > > > FIN

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Commentaires

1. Le dimanche 19 avril 2020, 6:17 par Mésange

N'oubliez pas de réagir ! Saint-Exupéry reste une figure marquante de notre monde.

MESANGE

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