Les Bâtisseurs - Strasbourg.

LE MILLENAIRE D'UNE CATHEDRALE - STRASBOURG

SUR LA ROUTE DES BATISSEURS - LE MILLENAIRE D'UNE CATHEDRALE


Maro__Volubilis_.jpg

De grands cubes de pierres taillées jonchaient le sol de la campagne marocaine étrangement calme ce jour là. Au pied de la montagne du Moyen Atlas la parole était muette enfouie au milieu des champs. Elle invitait à une longue méditation dans un souffle lent du passé. Impressions troublantes sous la lourdeur d'un ciel bas par-dessus les colonnes romaines, les débris des demeures anciennes, les pans de murs assemblés par des mains berbères et romaines de l'Antiquité.

VOLUBILIS, patrimoine du monde, restait écarté du présent posé dans un rêve punique à proximité des vestiges de Rome et de la grande basilique chrétienne.

Au milieu des ruines des jeunes voyageurs arpentaient les allées de l'histoire. Ils arrivaient des Pays Bas porteurs de leurs couleurs d'Occident, à quelques pas de notre randonnée .
- Salut ! Vous venez d'où ?
- De Strasbourg !
- Ah ! Nous avons visité votre cathédrale. Franchement, il serait génial de la remplacer par des buildings modernes!
Cette pensée frappa brutalement le jeune élève du lycée strasbourgeois accolé depuis quelques siècles aux murs prestigieux de la cathédrale. CHOC! Les mots s'effaçaient dans le passé des ruines. INDIGNATION ! Non, non ! Seulement une profonde révélation, une invitation à la réflexion après plus de mille ans d'existence d'un monument hors du temps. Tout n'est-il pas une heureuse incitation à une meilleure approche des choses et de la réalité des hommes ? Rien qu'une belle occasion d'une longue réflexion pour unr année de festivités.


II - LA COLERE D"UNE JEUNESSE.

# - MAIS REGARDE ! REGARDEZ !

Pietons_.jpg Je l'ai vue; .
Ce jour
J'ai vu
Une Cathédrale trempée,
Ruisselante.
La Cathédrale intégrale
Prise dans les intempéries
Elle pleurait sous la pluie.


Mais regarde ! Ce temps là, elle était au bout de la rue étroite daans le regard d'un jeune étudiant débarqué de sa ville de Frankfort à 21 ans.

Aujourd'hui encore, dès-fois, derrière son pupitre l'enseignant raconte toujours les frasques de ce garçon que l'amie de sa mère qualifiait alors gentiment de" jeune fou " ; Très certainement d'une jeunesse allemande curieuse, bien pensante qui n'hésitait pas en 1771 d'interpeler les passants devant le portail de la cathédrale de Strasbourg et de secouer leur indifférence

Mais REGARDE ! REGARDEZ DONC !

Il écrira plus tard:
Lorsqu'enfin j'aperçus ce colosse par l'étroite ruelle, et qu'ensuite je me trouvai devant, beaucoup trop près, sur la place qui est très petite il produisit sur moi une impression toute particulière, que je fus incapable de démêler sur le moment.

WOLFGANG GOETHE, l'auteur allemand, admirateur des écrits français ajoutera:
C'est que ce merveilleux ouvrage m'apparaissait comme un monstre, qui m'aurait effrayé, s'il ne m'avait paru en même temps saisissable par sa régularité . . . . et je laissai cet admirable monument agir graduellement sur moi par sa présence.

Ce COLOSSE ! Ce MONSTRE ! Il l'escaladait souvent, et même, avec ses copains, là-haut, il s'amusait en attendant éclore les rayons du soleil.



Volubilis_colonnes._jpg.jpg III - TE DEUM


# - REGARDER ! S'arrêter de longs instants au bout du chemin le regard en balade dans un flux musical de pays lointains. Là-bas, sur le sol marocain de Volubilis s'entassent encore les pierres taillées qui se dressent vers l'océan. Et là, au carrefour des routes de l' Occident, une puissante colonne soutient un vaisseau millénaire arrêté depuis toujours sur les bords du fleuve Rhin. REGARDER ! VOIR !, Voir, posés sur cette terre, les grands blocs de pierre, frappés, sculptés par les bâtisseurs de France, d'Allemagne, d'Italie; TE DEUM ! Sans relâche ils façonnaient l'éternité pour un bol de nourriture. En 1015 ils édifiaient la gloire de la cité au milieu des marécages;

TE DEUM ! TE DEUM !

Ne rien dire ! REGARDER ! VOIR, penchés sur les premières rangées de pierre et se taire!
Découvrir les blocs taillés et saisir un moment, un moment du jour, toute la force, la volonté, la ténacité et l'incroyable espérance de ces hommes qui voulaient escalader le ciel, lentement, Cathedrale_pilier_.jpg bloc après bloc, d'une hauteur à l'autre, les mains déchirées, amaigries, et, goûter un instant, l'instant d'un souvenir anonyme inscrit dans la pierre. VOYEZ-LA, An 2014 , au-dessus de la terre, un signe, comme une signature d'un oiseau migrateur qui, à coup d'aile, a marqué la pierre pour toute une éternité.

TE DEUM ! TE DEUM !
Pour les bâtisseurs,
Femmes, Hommes, Enfants !
Votre Hymne électro orchestrée pour notre modernité.

Peut-être entendras-tu encore
Le ricanement léger d'un enfant
Qui voulait jouer
Avec les anges du ciel ?

ECOUTER ! REGARDER !




Cathedrale_blocs.jpg



G.K.
Le 29/10/014





IV - ERWIN VON STEINBACH.


Mur_romain_.jpg

Prendre les marches du Temps.

Des vestiges romains
aux bâtisseurs de cathédrales.


Photo à gauche:
Archives OEuvre Notre Dame - Strasbourg




- Venez ! C'est par là !
Les marches s'élèvent dans la pénombre du croisillon de pierre au pied de la colonne des anges. Une à une . . . Une montée silencieuse dans le temps au-dessus des vestiges romains de l'an 300 jusqu'aux soupirs des maillets sur des ciseaux de fer au début du deuxième millénaire. Encore une marche, plus haut, une autre marche du temps humain. Quelque part on entend un tintillement léger, le frappement sonore sur une surface cristalline. Le temps qui avance , 1176 , 1180 . . . La détermination s'empare des tailleurs de pierre pour construire, reconstruire l'abbatiale détruite de l'évêque WERNHER du vaste empire germanique.
- Suivez moi ! Venez, c'est par là ! , répète l'administrateur de la cathédrale.


Sepulture_Steinbach_.jpgMais les jambes se raidissent, les pieds s'accrochent au tapis de l'abside surélevée au-dessus de la crypte romaine reconstruite. En face, dans le regard, l'immensité du Temps enfouie dans la pierre. Elle coule très haut dans les artères des croisées d'ogive, plus loin, répandue entre les colonnes de la grande nef. EXTASE et VERTIGE au bord d'une incroyable et subite absence de la mémoire dans un abri surdimensionné des troubles humains.
IVRESSE de l'Absolu transpercé sur les côtés de centaines d'éclats lumineux. La vue inaltérable de l'Art inouï des constructeurs de cathédrales français et allemands du XIIIe siècle inspirés par les créateurs de Chartres et de Reims.
Comme une brutale incompréhension !

- VENEZ ! VENEZ !
Le passage est étroit, la grande porte suspendue aux pentures de fer. L'escalier très raide s'enfonce vers l'interdit, la courette oubliée dans l'ombre de la grande muraille sous les cracheurs de gargouilles. Sur un panneau de grès posé sur la façade apparaît une inscription gravée dans la pierre
MCCCXVIII ERWIN ( 1318 - ERWIN )
ERWIN VON STEINBACH , grand Maître, souvent contesté, du chantier des projets -C- et -D- de la façade Sud après la longue période des influences françaises de l'art gothique.

V - MARCHER ET COMPRENDRE


Cathedrale_visiteurs_.jpg MARCHER ! COMPRENDRE !
Au Moyen-Âge toute forme est le vêtement d'une Pensée. On dirait que cette pensée travaille au-dedans de la matière et la façonne. La forme ne peut se séparer de l'idée qui la crée et qui l'anime;

Emile Mâle, Académicien et Spécialiste de l'Art chrétien médiéval;



MARCHER ! COMPRENDRE !

Des chemins terrés de Volubilis et des colonnes solitaires des terres lointaines,
Au-delà des troubles tenaces de la pensée qu'égratignaient des visiteurs inconnus sur les pentes du pays étranger,
S'arrêter un long moment ! S'entêter !
Détruire ou faire jaillir, rejaillir les éclats d'une humanité ?
Ecraser pierres et le passé ou s'émerveiller encore ?

Partir d'un coin d'ombre au pied de la muraille et aller de l'oubli à la reconnaissance, en face de cette cathédrale,
Un géant de pierres, un colosse, un monstre d'un vertige insoupçonné,
Debout dans le ciel de l'Histoire elle s'élève dans la cour des hommes,
Là où la pensée s'agite dans le noir parmi les apparences silencieuses.

Cathedrale_Chien_.jpg Là, dans l'obscurité des ténèbres,
Sur une planète sans lumière,
Dans les profondeurs d'une grotte inexplorée,
Une marche incertaine,
Aller ! Marcher ! Comprendre !
L'être, seul, tâte les parois informes
de ses mains hésitantes;
La peur ! L'angoisse des anges déchus !
L'INCERTITUDE !
Et la Révolution fatale dans une ruine,
L'incompréhension, le déchirement;
Des larmes qui s'écoulent lentement dans un regard, celui de l'inconnu,
à la recherche des traînées lumineuses
dans l'immensité architecturale
vers la hauteur des colonnes taillées.
Aller ! Comprendre !
Tout à coup, s'émerveiller !
Venez ! Venez, c'est par là !
Là, dans les éclats brillants des verrières,
l'homme reste muet.


ALLER ! MARCHER !
S'emparer de la Révolution totale au milieu des lueurs, des reflets épars.
Quelques instants, peut-être, ou pour une éternité
quand l'esprit s'échappe plus loin
à l'endroit d'une fleur universelle.

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VI - ROSACE ET CRISTAUX.


Photo_3-9-012_.jpg # - A l'extérieur des murailles la ville respire. Elle s'adosse aux contreforts de pierres sur lesquels se cognent de longs murmures échappés du boulevard des vivants. Il y a ceux qui enjambent lentement les secondes du jour d'un pas sûr, dès fois hésitant ou ceux filant sur une planche à roulettes, ou encore, posés tout droit sur les selles des cycles verts qui filent entre les rangées de platanes. Toujours la ville refait son histoire, celle d'aujourd'hui. A l'arrêt du tram la cohue humaine s'impatiente quelques instants en face des grilles forgées du jardin universitaire.

Les habitants passent, vont, suivent leur itinéraire le long de la grande allée. Ils ignorent cette fleur insigne qui apparaît sur un panneau noir de l'autre côté du boulevard, retitée à l'écart des passants trop pressés. La fleur se fait discrète quelque part au milieu des tableaux d'une exposition intime au bord de la rue.
Rosace_Strasbourg_.jpg Les sciences de l'université de Strasbourg exposent pour ses initiés, bien loin du grand public. Elles affichent les connaissances de la matière terrestre, la composition des cristaux de lumière et la rosace de la cathédrale qui projette ses particules colorées dans une composition remarquable, exacte et symétrique. Ceux qui ont la chance de s'attarder un moment devant une telle oeuvre pourront s'étonner quelques instants entraînés dans les espaces secrets de la matière de ce monde que décrypte sans cesse l'intelligence humaine depuis des siècles.

Pendant quelques jours l'invisible agencement des particules de la matière est montré au bord du trottoir et se reflète dans la rosace de la cathédrale, une création humaine chargée d'un sens d'équilibre, de beauté, mais aussi de certitudes. Image d'une perfection cachée elle apparaît comme une étonnante finitude du réel. Elle devient ainsi support d'émerveillement dans une approche scientifique du monde et de l'univers que l'art exprime dans son langage secret, très singulier qui nous met en communication avec les réalités existantes. Ici se raconte la réalité tangible, souvent imperceptible, de la composition de la matière terrestre, celle des cristaux, celle des minuscules quasi-cristaux qui laissent passer les rayons et dont la diffraction montre l'agencement parfait non périodique que nous pouvons découvrir aujourd'hui à l'entrée de la mosquée d'ISPAHAN, la mosquée DARB-I-IMAM construite en l'an 1453.

Iran_Darb-i_Imam_Ispahan_.jpg A cette même époque lointaine s'élevait dans le ciel d'Alsace une tour qui devait atteindre la hauteur des pyramides d'Egypte. Les constructeurs de la cathédrale de STRASBOURG atteignaient enfin leur rêve d'une incroyable audace.








VII - LE GENIE



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Au bout, tout au bout de la voie de l'autre côté du pont de l'Université, elle était là. Elle lisait le dos appuyé aux premières pierres des bâtisseurs de l'énormité brute entassée aux pieds de sa fragilité. Elle remémorait son texte d'étude devant le portail des Justes , son corps minuscule loin de la masse bruyante, une humble maison solitaire ensevelie dans le silence des murailles, trop vastes, trop hautes pour être hébergées dans sa petite humanité charnelle. Dans une heure elle allait rejoindre son lycée tout proche à quelques pas de son cours habituel. Une dernière fois elle relisait la page, plus lentement maintenant pour mieux comprendre cette pensée obscure;

- Il est l'affection et le présent puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la rumeur de l'été.

Cathedrale_Roi_.jpg QUOI ? Elle s'empara de ces parcelles d'auteur à l'heure de la récréation sans pouvoir interpréter ce flot de liberté qui se déversait devant les fortifications de la cathédrale si éloignée, pensait-elle, de sa belle actualité présente diffusée dans son smartphone. Derrière elle l'énormité du passé la laissait presque indifférente, seule maintenant à soutenir la colonne des rois, le visage d'un jeune auteur trépassé blotti dans son intimité au fond de son regard. Elle relisait encore chaque ligne, dubitative, noyée dans une mare boueuse.

- Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d'estase.

Cela paraissait vraiment compliqué! Elle recousait avec patience chaque mot dans un alignement encore bien abscons pour elle. Elle peinait avec application jusqu'au bord de la transparence qui laissait paraître une jeunesse de banlieue, un révolutionnaire des barricades, un enragé. Alors elle reprenait les premières lignes, chaque mot, PRESENT, AVENIR, FORCE , AMOUR , DEBOUT DANS LES RAGES, et se heurta tout à coup aux premières syllabes de l'intitulé : Le Génie. LE GENIE de l'auteur français Arthur RIMBAUD à relire pour son cours de français. A cet instant, sans savoir pourquoi, elle leva les yeux vers le ciel pour découvrir l'étendue imprenable de l'art humain, le passé, le présent, l'avenir, l'amour, cette immensité trop vaste pour se réfugier dans son regard et dans les allées de son coeur humain.
Réalité du passé ! Réalité du présent ! Et elle se remit à lire en prenant tout son temps avant d'aller franchir le portail de son lycée un peu plus tard, seule maintenant, le livre dans la main, fascinée.

- Il est l'amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuse et imprévue et l'éternité, machine aimée des qualités fatales. . . . Ô jouissances de notre santé, élan de nos facultés ! C'est cette époque-ci qui a sombré !

L'heure s'écoulait sous les contreforts. Vite elle tourna les pages, laissa tomber chaque mot, pierres taillées posées au milieu des souffles humains. Et avant de filer elle embarqua dans son regard cette cathédrale , cette folie d'amour, cette éternité , cet élan infini des humains et cette audace incroyable nommée Génie. A quelques mètres, sur la place, un copain de classe accourut en déclamant sur un ton amusé un texte inconnu de Christian BOBIN :
-Ils ont fait de toi une image, ils ont fait de toi une idole, ils ont fait de toi une église. Ô - Ô - Ô - Moi je fais de toi un coquelicot, l'étendard minuscule de l'éternel, le fleurissement par surprise.
Et ils repartirent tous les deux vers la cour de leur lycée.


VIII - UNE FLEUR NOUVELLE


# - Alors, ils n'ont fait de toi qu'une image de pierres, qu'une idole grossière pour la gloire des puissants ? ? Est-ce cela ? Ou peut-être rien qu'une fantastique église pour remplacer les murs brûlés de 1015 ? C'est bien cela ? Rien qu'un monument de pierres du passé pour le présent et le futur des vivants qui viennent t'admirer des continents lointains ? Mais tout se brouille dans mon esprit et la pensée s'anime au milieu d'un fatras indescriptible. Qu'ont-ils donc fait de toi ces bâtisseurs de l'irréel, ces trafiquants d'espoirs qui ont affublé la nature trop fragile d'illusions éphémères ou d'idolâtries mensongères ? Est-ce cela, vraiment cela pour toute une éternité ?

Aujourd'hui la belle certitude oscille au lever du jour. La pensée vacille telle une flammèche incertaine et fugace présente dans l'obscurité où apparaissent des célébrités connues sur les premières pages des revues illustrées. Rien que des images factices et rien qu'une illusion de l'extravagance? Mais regardez donc ! Ils ont fait de toi une poupée particulière d'un défilé carnavalesque d'un temps révolu pour un théâtre burlesque.


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Cependant dans les ténèbres l'étincelle a disparu. La clarté est aveuglante. Regarde, ils ont fait de toi un monument rare, une église surprenante, une cathédrale qu'ils voulaient plus haute que les montagnes, là-bas au bout de la cité au loin des rivages rhénans. Ils voulaient la gloire des notables et la prière des pierres pour toute une éternité.
Orgueil et humilité !
Misère d'un chantier interminable et Miséricordes au coucher du soleil !
Rien qu'une belle cour fleurie devant les fenêtres des citoyens, étonnés, heureux de voir toutes ces nouveautés. Vois, ils voulaient une Fleur nouvelle en face des façades colorées, une fleur inconnue sorite d'un herbier sauvage et aquatique. C'est cela ! Ils voulaient une merveilleuse louange pour conquérir la terre et le ciel.



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IX - UNE TOUR POUR L'ETERNITE.

- Souvent, venant très tôt le matin des terres trempées accostées aux rivages du Rhin, à la première heure du jour, pensif entre les véhicules pour un ailleurs bien défini, elle apparaissait, réelle, patiente, immobile, élancée vers le ciel tel un signe de réconfort, telle une présence encourageante ou une voix douce, muette et amicale dans une fragilité étonnante. On le l'attendait pas au bout de ce trajet régulier au milieu des toits de la cité. Là, elle s'étirait sortie d'un sommeil millénaire. La TOUR ! Un clocher inattendu ! Une colonne sculptée soulevée vers le ciel. Là elle se présentait subitement et semblait vouloir témoigner d'une grande incertitude, d'événements lointains et présents, de controverses déchirantes, de drames sanglants mais aussi d'une belle solitude ou d'un bonheur inscrit dans une immobilité tranquille, une attente façonnée par des êtres disparus, partis vers l'ailleurs derrière des maîtres de génie et des ouvriers , tailleurs infatigables des pierres de la montagne;

Vois-tu, ce matin elle flashait subitement dans le ciel du levant au tournant de la voie routière à l'instar d'un modèle de la scène. Elle paraissait tellement respectueuse dans sa tranquillité immobile, tellement fière d'une beauté fragile, insaisissable dans la fuite du temps. Elle ma parlait ! Pourtant, rien qu'une chose, un objet, une substance de pierres élevée vers le ciel par des petites créatures humaines. Rien que des fourmis vivantes, des cigales qui pinçaient leurs psaltérions. Eux, si petits ! Et toi, si grand au pied de leurs exigences et de leur belle énergie, là debout, depuis 1439.


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Rien qu'une chose étonnante, une substance de feu posée sur la première heure du jour et qui, encore une fois, enflammait l'univers de vie étalé peu à peu sur toute la ville, vers les faubourgs et jusqu'aux moindres recoins des appartements humains à la porte du réveil. Un moment indicible allongé délicatement sous la première chaleur du jour et qui se déversait sur une belle solitude dépeuplée d'où partait tout à coup une subite interrogation, plutôt de nombreuses interrogations de curiosité portées par une profonde admiration et ce partage avec un événement rare, une rencontre retrouvée. Mais, il faut l'avouer, ce n'était, et cela reste, une simple rencontre d'une substance inerte, d'une matière friable, travaillée par des hommes; Dans l'espace de notre imagination elle se remettait à vivre d'une splendeur ineffable, si bien qu'il était difficile de surprendre ailleurs une oeuvre plus fantastique, un moment plus intense, une actualité journalistique plus surprenante . Le monument apportait au jour sa flamme vivante parmi des coeurs oubliés.

Vois-tu, alors surgissait cette envie folle de savoir le pourquoi, le comment d'une passion, la leur, la mienne, dans le passé, dans le présent, pour une telle oeuvre bâtie avec tant d'obstination. La passion des pierres ? La passion d'une Vie ? La Question . . . . . L'Admiration . . . . Et l'Incompréhension . . . . . à la recherche d'un mystère caché, d'une éternité peut-être. Ou tout simplement, l'angoisse, la peur pénétrante de voir disparaître une force de témoignage. La Peur d'une fin d'un projet humain controversé à son début en 1399 et planifié par ULRICH D'ENSINGEN maître du chantier de la cathédrale d'ULM ( Allemagne ) et de JEAN HULTZ, chef des travaux de Strasbourg. Ils voulaient, vois-tu, une chose incroyable, une Tour élevée sur la plate-forme du beffroi qui atteignait 66 m de hauteur. Ils voulaient, c'est sûr, la Beauté parfaite. Ils voulaient l'Eternité taillée dans la pierre.


X - DU HAUT DES TOURS.

Cathedrale_Tour_.jpg En face d'une immense façade, d'un mur haut de 70m au-dessus des portails des prophètes anoblis et barbus, des vierges débridées, des anges et les nombreuses colonnades le visiteur reste muet. Devant lui se dresse le Colosse, un rempart imprenable. La cathédrale de Strasbourg s'élève entre les maisons anciennes, les palais royaux de la République et qui arrache l'être vers des hauteurs insoupçonnées. A 142m du sol, la tour raie le ciel d'une image lointaine d'un passé qui paraît, un moment, une belle chose incompréhensible;
Pourtant ces pierres parlent! Elles semblent raconter une histoire inconnue; Au milieu des quartiers tumultueux de la vile l'édifice pose sa dignité et impose, sans savoir pourquoi, un indicible respect que le visiteur accepte en silence, muet;
" Ah! Silence, silence quand on est qu'un homme!" s'indigna Augustin d'HIPPONE en parlant de son astrologue ingrat du siècle IV de l'époque lointaine du temps des Romains.
Là, au pied d'un temps immuable le silence rejoint l'astre lumineux de l'Histoire et les brillants colorés d'une rosace qui laissent rejaillir les mots d'un DIEU inconnu à qui l'auteur romain prête des paroles humaines:

- Je suis la nourriture des hommes faits, grandis et tu me mangeras. D'ailleurs tu ne me changeras pas en toi, comme la nourriture de ta chair mais tu seras, toi, changé en moi.


Irak_Samarra_Minaret_.jpg VRAIMENT ! L'architecture, une nourriture ! La musique, une nourriture ! Tout Art, comme une nourriture qui transforme, embellit, étendu à l'intérieur d'une présence spirituelle que chaque civilisation définit à sa façon pour un enrichissement universel; Vous comprenez ? Des langages du passé, des langages d'aujourd'hui qui vous touchent profondément sans savoir pourquoi. Dès fois, nous comprenons ! Dès fois, nous disons non ! C'est l'étonnement subit ou le rejet irréfléchi alors qu'on nous demande de décrypter toute chose avec une patiente humanité, un regard plus clairvoyant. C'est cela ! Il nous faut plus d'ouverture, plus d'intelligence et moins de jugements endurcis ! Alors une tour de cathédrale, celle de Strasbourg par exemple, le minaret d'une mosquée telle l'incroyable construction de SAMARRA du IXième siècle de notre temps au Nord de Bagdad ( Irak ) retrouvent leur véritable utilité. Peut-être rien qu'un simple outil d'observation ou de défense ?

Très certainement une empreinte durable des bâtisseurs qui voulaient indiquer la direction à prendre, celle de l'Au-Dela à l'approche du ciel, ce paradis exemplaire d'un DIEU incommensurable, sans limites, que les hommes représentaient longtemps par un personnage muni d'un corps humain avec ses membres, sa tête, ses organes et qui s'était adressé au peuple juif, ces groupes d'immigrants du IIième millénaire avant J.CHr;, arrêtés dans le pays de Sennaar , qu'on situe aujourd'hui au bord du Tigre de l'empire d'Assyrie , au nord de la Mésopotamie . Ces hommes avaient souhaité s'installer sur ces terres étrangères et construire une tour de briques cuites dont le sommet devait atteindre les cieux. Mais la Tour de Babel n'a jamais pu atteindre le ciel; Les difficultés de se comprendre en raison de la différence des langues, des croyances incompatibles et le rejet de l'étranger avaient conduit à l'échec du projet. Il ne reste plus que l'illustration imagée par le peintre LODEWYjK TOEPUT en 1557 que le ziggourat de Babylone ou le minaret de SAMARRA en Irak avaient sans doute influencé.

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Et aujourd'hui ? Maintenant ? Notre vie ? Avec les facilités extrêmes de communication que permettent les products d'une nouvelle technologie, les moyens télévisuels, internet, les satellites qui survolent la terre, les transports rapides, des loisirs plus longs ? Aujourd'hui ? Le monde des terriens devrait connaître plus de bien-être, un bonheur plus apaisé ! Pour tous les hommes une vie meilleure n'est-elle pas ce substrat promis d'une modernité présente ,

Dubai_Khalifa__jpg.jpg Mais attention ! Attention s'écria le chef de la tribu nomade juive qui prêta ses paroles prémonitoires à une divinité inconnue.

S'ils ( les hommes ) commencent ainsi rien ne les empêchera d'exécuter toutes leurs entreprises. (Genèse 11)

C'était des millénaires avant notre ère. Aujourd'hui les entreprises les plus folles subliment les esprits de notre monde au pied des tours de plus en plus hautes qu'on remonte à une vitesse vertigineuse. Plus bas, au sol les déchirures humaines se propagent dans des sillons profonds: IMMIGRATION - EMPLOI - CITYEN et POUVOIRS - DEMOCRATIE - RELIGIONS - ECOLES . . . ..

Et maintenant ?





XI - LA CLOCHE DE 22 HEURES


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# - Un tintement grave glisse lentement sur les façades éclairées qui montent une garde tranquille dans une rue presque déserte. Il est 22h, quelques instants plus tard au bout de la rue des Juifs dans le prolongement nord de l'imposante construction de la cathédrale de Strasbourg; Dans le beffroi, par-dessus les toits, le battant frappe les parois de bronze à l'heure du couvre-feu.. Comme avant dans un passé lointain, dès le XIIIe siècle, pour annoncer aux habitants de la cité la fin des activités et la fermeture obligatoire des bistrots, des gargotes. La Révolution française fit abolir ce décret municipal à partir de 1790. Aujourd'hui il ne reste plus qu'un souvenir qui se répète tous les soirs en soulevant encore une très longue interrogation aux abords d'un millénaire et de ses festivités. Mais pourquoi donc une telle insistance à notre époque, celle dite de la modernité ?

Rue_des_Juifs_.jpg Au bout de la Rue des Juifs de Strasbourg la question soulève aussitôt un autre passé, plus inquiétant, plus miséreux, celui qui vient heurter tout à coup la mémoire, souvent défaillante, d'une humanité, celle de passage dans la ville, ou celle des habitants, tous ceux qui par oubli, par esprit de vengeance, de méchanceté peut-être, confondent la sonnerie de 22h avec l'appel d'une corne très ancienne, un schofar, ou le Grusselhorn , le Judenhorn, qui indiquait alors, à partir de 1389, l'obligation pour les familles juives de quitter la ville après la fermeture des boutiques; Une telle décision intervenait après une très longue période d'une présence juive à Strasbourg et un virement politique important qui allait conduire au massacre de 1349, la mise à mort programmée de centaines de représentants juifs.
Cette page de l'histoire de Strasbourg, sinistre, douloureuse, se perd quelque part dans les mémoires de la grande majorité des nombreux passants de la Rue des Juifs , celle qui mène encore aujourd'hui vers la Passerelle des Juifs, passage paisible par-dessus la rivière de l'Ill , et, plus loin, à quatre kilomètres Nord, vers la ville de Bischheim, qui garde la trace visible de l'existence pauvre, miséreuse, harassante et pitoyable de la population juive venue s'installer dans la cité à partir du XIVe siècle jusqu'à nos jours.

Vingt-deux heures passées ! La sonnerie reste grave, mélancolique, programmée depuis cette époque lointaine d'un vécu, d'une existence de femmes, d'hommes, d'enfants, tous débarqués alors aux portes d'une cité ambitieuse, décidée de réaliser la plus grande cathédrale du monde. Ce projet gigantesque allait changer la vie d'une population, ses activités, son économie, son organisation politique qui subissait alors des changements décisifs pour une région abandonnée aux luttes, aux maladies. La sonnerie rappelle tout ce vécu humain trop souvent dramatique mais aussi, et c'est essentiel, le présent, l'actualité présente, notre vécu à nous, et cette nécessité pour chacun, presque avec urgence, d'aller se jeter dans les bras d'un sommeil réparateur, capable de régénérer notre espace cellulaire afin de pouvoir reconstruire un futur bien plus super.


XII - LA MUSIQUE DES ANGES


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Regardez ! Voyez, plus haut, entre les deux beffrois par-dessus la grande rosace à l'ombre du soleil ! Voyez cette image du temps présent, aujourd'hui, un soir d'été 2015, ces anges du passé debout dans l'immobilité de l'Histoire, leurs ailes sculptées dans la lumière. Ils sont silencieux, muets. Mais écoutez un instant ! Soyez attentifs, patients ! Vous entendrez, j'en suis sûre, le soleil couchant vibrer sur ces créatures imaginaires des récits anciens, très anciens, là, figées dans la pierre du passé qui semble, pour toujours, se taire au bord des larges routes de la plaine; Ecoutez ! Plus de sept siècles murmurent au bout des colonnades.

Colonne_des_anges_.jpg JE VIS UN ANGE DEBOUT SUR LE SOLEIL
écrivait JEAN, le compagnon de JESUS, réfugié à PATMOS vers l'an 95.
Vous les voyez debout sur la rosace de lumière. Vous les voyez, anges, ou chérubins, ou archanges, malakh, messagers à l'infini de leur belle douceur, un instrument à la main. Cors, luths, psaltérions ! Mais ils se taisent encore. Ils vous regardent simplement. Ils vous attendent, peut-être ?

Ange souriant, sensible figure
Bouche faite de cent autres bouches.
Ne remarques-tu pas comment nos heures
glissent et tombent du plein cadran solaire ?

Ainsi s'exprimait RAINER MARIA RILKE, l'auteur universel de PRAGUE ébloui par l'archange de la cathédrale de CHARTRES, au début du XXe siècle. Une fascination inoubliable pour lui; très vite engloutie dans le passé, très vite disparue ! Une vieille histoire pour vous ! Une très vieille histoire du passé ? Sans doute avez-vous raison ? Il vaut mieux voir notre actualité et reconnaître avec lucidité que ce passé revient trop souvent , comme par hasard, et que des anges, encore aujourd'hui ,dès fois s'égarent, réapparaissent tout à coup au coin d'une rue, vite rattrapés par des chercheurs de trésors rares. Une belle plaisanterie, pensez-vous, un amusement, une distraction ? Mais aussi réalité et vérité quand l'Argentin ANGEL DI MARIA, l'Ange de Marie, EL ANGELLO, signait récemment le 4 août 2015 son contrat de joueur professionnel pour le Paris-Quatar, avec une promesse financière de 63 millions d'euros. Pas mal pour un ange visiblement raté d'un humain sexué !

Et l'auteur de PRAGUE de poursuivre avec tristesse:

Que sais-tu, pierre, de notre être ?
Et ton visage est-il encore plus ravi
lorsque tu présentes ton cadran à la nuit ?


Oh, tout cela doit vous paraître bien sérieux, le l'avoue, presque plaisant sur cette terre bien étonnante. . Allez, suivez moi maintenant, amis, visiteurs, artistes, musiciens, saxophonistes ou chanteurs. Par là ! Le grand portail de la cathédrale de Strasbourg est ouvert pour tous. Vous pouvez rentrer ! Prenez place au pied du pilier des anges, sur la chaire si vous voulez, dans les passages de pierre. Avancez et jouez car ce soir c'est la voix des pierres enfin retrouvée, cette chose rare dont parle ''AUGUSTIN D'HIPPONE' , le salut de l'Orient du début du Ve siècle :

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Les belles choses que les artistes font passer de l'âme dans les mains viennent de cette beauté au-dessus des âmes, objet jour et nuit des soupirs de mon âme.

AUGUSTIN D'HIPPONE - ALGERIE









XIII - L'AME ECLATEE

An_1000_stade_.jpg Vraie cette forme suspendue au-dessus des têtes de la foule de jeunes supporters d'un spectacle de football dans le stade de la cité; Vraie et étonnante ! Vrai ce cliché d'une cathédrale reproduite sur une toile tendue. Une telle image peut déranger très normalement l'intelligence logique des femmes et des hommes , ceux qui au contact des réalités humaines sont habitués d'associer aux événements sportifs des vues plus courantes, d'autres slogans, d'autres émotions. Mais vrai ! Vrai le déroulement de cette large toile d'une cathédrale soulevée avec conviction aux abords d'émotions spontanées et franches,LA FIERTE DE NOTRE REGION. Une fierté visible que partage tout à coup toute une population.
Vraie aussi cette forme simple posée avec une attention particulière sur une pelouse de la cité par des employés municipaux soucieux, concernés à leur tour par un événement unique d'un millinaire de pierres taillées, de travaux gigantesques sur les terres d'un fleuve des temps ancestraux;


An_1000_pelouse_.jpg Oui, tout cela est bien vrai ! Vrais et surprenants ces traits zigzaguant sur les feuilles blanches du dessinateur strasbourgeois, Laurent KOHLER qui en 2014 lançait son pari pour la création d'une collection d'un millier de croquis différents de la cathédrale de Strasbourg. Ou encore, encore cette démarche plus scientifique et pédagogique de l'Université de Strasbourg. Leur exposition FLORE DE PIERRE ouverte jusqu'au 31 août 2015 dans le Jardin Botanique de la ville montrait les plantes, feuilles, fleurs sculptées dans la pierre de la cathédrale et visibles actuellement le long des allées du parc; Parmi des centaines d'espèces du jardin universitaire on pouvait découvrir le houblon blanc, la douce amère ou encore le blé tendre de l'époque biblique;


Ainsi, c'est sûr, certains événements particuliers, des formes d'architecture, même incomprises aujourd'hui, des tableaux ou toutes sortes d'objets créés, des présences fortuites peuvent faire resurgir en nous, formes humaines de matière charnelle et destructible, des réactions souvent inattendues, des sentiments multiples et changeants; Mais pourquoi donc ? N'est-ce pas l'évidence d'une existence cachée, celle qui plane au-dedans de nous, indomptable, imprévisible, aux contours incertains dont on peut se satisfaire ou non, s'enorgueillir ou non en retrouvant tout à coup toute l'importance d'une chose présente dans notre environnement. Ce dedans aux milliers de codes secrets ! Cette âme soudain éclatée des êtres qui s'associent ou s'opposent à des moments poignants de leur histoire.


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Oui, pourquoi ? Pourquoi un tel engouement, ces initiatives multiples qui occupent la grande scène pendant plus d'une année ? Pourquoi un tel intérêt suscité parmi les rescapés de l'histoire humaine ? La réponse n'est pas dans la pierre qui garde un long silence, ni dans une plante rare des jardins du monde, ni chez ces espèces vivantes, chiens, chats, chevaux, vaches, moutons ou autres espèces de tout genre, ceux qui font mine de ne rien comprendre. Ils acquiescent à l'instar des créatures, ceux, trop nombreux à l'évidence, toujours indifférents, ceux des sans-opinions de la planète terre.
Alors où trouver la réponse ? Peut-être au bureau du tourisme où l'on affiche une satisfaction évidente à la publication de l'augmentation très sensible du nombre des visiteurs pendant la période des manifestations du millénaire ? Ou encore au secrétariat des partis de la vie politique toujours heureux des succès populaires ? Peut-être aussi chez les professionnels du spectacle ou du côté des commerçants ?
NON ! Prudence et réflexion ! La réponse reste au fond d'une âme meurtrie, dans les couloirs de la vie qui paraissent inextricables au milieu des chantiers d'un paysage oublié. C'est sûr, la réponse attend son temps sur une nouvelle façade d'un monde en ébullition.


XIV - LE GRAND DON


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# - Je n'ai rien à faire de tes cadeaux, des cadeaux. Je n'ai rien à faire de tes babioles et colifichets, des futilités et des inutilités. Tu veux plaire et tu blasphèmes.

Les paroles du rappeur éloigné dans le temps et, à présent si lointain, tombèrent alors , acérées, rugueuses au milieu de la foule catapultées sur des visages ahuris, bien vite déridés et joyeux au bout des corps branchés autour d'une immense scène. Comme à cet instant du jour d'un après-midi de liberté près des murs d'une cathédrale. La fête, ses insolences, ses impertinences, pouvaient commencer sans attendre sur la nef des fous accostée à des singulières festivités pour une fin de millénaire; Et la barque géante tanguait sur un parterre encore mouillé sur lequel se déversaient les hurlements des instruments à vent, des grincements des cordes tendues et des rires grisés;
Folie ! Mille folies ! Le bateu partait à la dérive avec ses corps , ses cris et ses rires au large d'une surprenante destinée, celle d'exister encore et encore sur une planète tellement incertaine. Qu'importe à cette heure on criait à l'abordage ! On attendait l'ultime sauvetage à l'écart des ignorances, des tyrannies et des souffrances

Assurément, la partition inspirée par le chroniqueur strasbourgeois Sébastien BRANT de la fin du XVe siècle restait insolite, offerte en partage au public par plusieurs harmonies de la contrée. Les musiciens se réjouissaient, s'amusaient, emballaient leur cadeau du jour de belles couleurs d'un empaquetage surprenant qui finissait par distraire un long moment avant d'être rangé dans les tiroirs de l'oubli, ou, pour faire encore plus actuel, à être distribué sur les réseaux sociaux, revendu à des inconnus. Ce n'était, pensaient certains, qu'un jeu, un essai, une expérimentation musicale, le cadeau d'un festival posé dans les couloirs des actualités du jour, la folie du monde sur des embarcations précaires, des barques de pêcheurs ou des bouées d'un incertain sauvetage.

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Mais c'était, tu sais, une belle distraction à quelques mètres d'imposants murs de pierres, l'une sur l'autre, en longues rangées, encore plus en hauteur, les unes simplement taillées, les autres sculptées, arquées et lumineuses d'une oeuvre magistrale, élevée vers l'infini. Des hommes ont trimé là dans les ateliers de poussière, durant des heures d'un travail harassant à la merci d'un seigneur et de quelques bols de légumes écrasés. Tu sais, ils préparaient là leur cadeau d'éternité pour nous, les descendants des générations à venir. Quelle surprise ! Quelle surprenante humanité à s'entêter jour et nuit sur les chemins de leur entreprise. Que d'heures, que d'efforts pour emballer sans cesse leur travail qu'ils voulaient donner à des enfants de l'inconnu. Maintenant encore, aujourd'hui, voilà le présent illimité du passé, le cadeau surprenant de ces milliers d'êtres qui ont soupiré pour nous. Leur don réjouit encore car il laisse tomber ses fruits sur des cordes accordées d'une belle fête.

Toute cette immensité qui nous fascine encore et nous comble !
Toute cette immensité des hommes de ce temps perdu, disparu dans un passé qui n'est plus !
Ellena_.jpg Immensité des hommes, ceux qui, impuissants, s'égarent sur des chemins impossibles ou ceux qui, magnifiés, agissent avec vérité et des actes justes. Ceux qui transformés, remodelés d'une belle manière ont écrit dans la pierre leur histoire et la longue démarche des journées d'efforts. L'effort sans fin pour un don laissé à des enfants lointains, à des citoyens de l'avenir qu'ils avaient bien de la peine à imaginer et qui à présent, pour certains, ne montrent plus que de l'indifférence ou se vantent d'être inscrits sur les longues istes du négationnisme de notre histoire.
Mais il reste ce cadeau d'une offrande au monde, généreux, grandiose. Il délivre encore ses codes secrets, ses écritures multiformes, ses pages par centaines d'un livre universel illustré de statues, d'anges, de prophètes, de saints connus et inconnus, d'humbles visiteurs en prière sous la chaire, mais aussi de personnages grotesques, fous et diablotins ou encore dans son abri de pierres un petit chien muet. Les actualités s'inscrivent ainsi sur les surfaces d'une immense bande dessinée. Et l'on voit JESUS de Nazareth endormi dans une barque surchargée à la dérive sur des eaux en colère, au large des côtes de la terre. Ici le passé rejoint étrangement l' actualité du présent et le vitrail dessiné par Véronique ELLENA sur des verres brillantes colorés, des doigts alignés vers les eaux, la terre et l'univers;


G. Kautzmann - Strasbourg le 1 Octobre 2015

Commentaires

1. Le dimanche 23 novembre 2014, 9:21 par Mésange

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