ALAIN BASHUNG.

WINGERSHEIM EN ALSACE LUI REND HOMMAGE

_Alain_Bashung_.jpg ENFIN ! Il était temps ! Le village de WINGERSHEIM en ALSACE rend hommage à ALAIN BASHUNG en lui donnant le nom d'une rue. Une belle et heureuse reconnaissance pour un enfant parisien qui a grandi dans un village alsacien;

Une belle occasion pour flâner près des houblonnières, suivre la rue en dépassant la vieille synagogue sur le chemin de l'église et d'écouter Le Cantique Des Cantiques de l'histoire humaine vénérée par quelques Iman.


C'est l'histoire singulière d'un jeune adolescent qui parodiait sa grand-mère ELISE sur le chemin de l'école.




I - Alain BASHUNG et L'ALSACE.


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]Et bein voilà! Cete exclamation contemporaine et hâtive marque trop souvent une simple reconnaissance de notre impuissance à formuler des idées claires pour l'avenir d'un pays et du monde. Et bein voilà! Une histoire comme tant d'autres. C'est tout vu ? C'est tout classé? Non pas, car des signes apparaissent qui suscitent une longue interrogation pour l'Alsace, province qui engendre souvent en nous une fierté débordante. Mais arrêtons nous quelques instants! Et nous découvrons l'histoire surprenante d'un jeune égaré par hasard dans le village de Wingersheim aux abords de Strasbourg et déposé non loin des eaux troubles du Rhin comme jadis Moïse sur les rivages du Nil. Un fait singulier pour un personnage, chanteur et musicien salué sur les marches de l'église parisienne par la très respectable communauté intellectuelle et artistique du moment. Alain Bashung est parti entouré d'un halo de mystère et, il faut bien l'avouer, accompagné d'images floues et jaunies d'un ALBUM ROMAN en partie inconnue. La silhouette de l'enfant de Wingersheim ne se précise que peu à peu, se redessine sur les pages avec quelques mots remplis d'amertume.-

Ce n'est pas facile d'être de nulle part, D'être le bébé von dem hasard . dit-il
Je suis né tout seul près de la frontière ( Elsass Blues 1979 )



_Bashung_village_.jpg Et voilà! Voilà la route étroite tracée sur cette terre alsacienne qui fait de longues vagues échappées du Levant germanique et qui se déroulent dans le Couchant au pied des collines françaises. L'étendue d'un corps allongé, baigné dans la lumière immobile à l'entrée du village.

J'aime le silence immobile , répétait le chanteur.

Sans doute le silence incompris des appartenances incertaines, indéfinies et rejetées ailleurs, toujours ailleurs au bout de la rue en passant devant la synagogue désertée depuis bien longtemps, devant la boucherie Lévy.


- C'est tout près, la maison bleue, la maison de sa grand-mère Else, rappelle un copain de classe d'Alain. C'est ici qu'il a vécu depuis l'âge de un an à partir de 1948. Mais on n'a jamais rien compris de son histoire!




Qu'importe! La rue qui descend vers les houblonnières mène toujours ailleurs jusqu'aux paysages d'une jeunesse actuelle égarée au milieu de ses certitudes et qui se démontent aussitôt, celles d'un petit Parisien qui va parler alsacien avec sa grand-mère et ses potes de classe, celles d'un Français qui allait voir le disquaire de Düsseldorf ou Cologne en Allemagne, celles d'un enfant de prolétaire plongé dans un bain campagnard et qui de loin, de temps en temps, entendait le rythme d'un blues tsigane venu du café voisin.
Hé gipsy, t'as plus de vaine que moi. Le blues il sent bon dans ta voix

_Au_village_.jpg Voilà bien une histoire contemporaine! La nôtre, capable de nous donner le vertige et l'incessant désir de fuir et d'être toujours ailleurs.
Je passe mon temps à te dire que je ne suis pas alsacien.
ALAIN BASHUNG s'exprimait ainsi dans un article paru dans le journal Le Monde le 27/08/2005.

Le vertige de la fragilité! L'angoisse d'être dans une présence insatisfaite et jamais entièrement accomplie, dans une absence inconnue et sans cesse rejetée. L'histoire d'un Alsacien qui se cache sans cesse derrière des frontières inaccessibles.

On peut connaître son bilan scientifique, ses goûts, ses capacités, son endurance mais on ne sait jamais qui on est. Peut-être avant de mourir approche-t-on enfin de la juste définition de soi; ( Le Monde le 27/08/2005 )

Ainsi la recherche le conduisait toujours ailleurs, d'abord vers ses origines parisiennes et, de temps en temps, des retours vers son village pendant les périodes estivales avant de repartir et de ne plus jamais revenir.


- POURQUOI? POURQUOI ? répétait le copain du village. Nous l'attendions à l'enterrement de la grand-mère Else. Mais il n'est pas venu.
Pourtant grand-mère Else était restée aussi belle qu'hier! Ce jour il ne restait plus que le silence, l'échappement d'un fuyard qui s'était éloigné de la dérision de l'histoire, son histoire, la nôtre.
On pratique ici la dérision en se foutant de la gueule d'un mec dont on n'arrive pas à la cheville.
Alors il est parti avec sa guitare pour une mélodie vagabonde, avec sa voix pour accompagner sa solitude.
Je me sentais comme quelqu'un qui n'est pas à sa place officiellement. Ce parisien qui allait repartir;
Dommage! Car quelque part dans le village il reste toujours une belle grand-mère, des bonbons dans la main et qui, d'une voix forte, appelle dans la cuisine: HEY, tu ne peux pas rester à ta place? Tu n'auras pas ton bac.

II - Alain BASHUNG - LA SOUFFRANCE D'UNE JEUNESSE


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Voyage en solitaire et nul ne l'oblige à se taire. Il chante la terre.
BLEU PETROLE Alain BASHUNG.

Bleu Pétrole, dernier album d'Alain Bashung sortie en 2008, déroule encore ses vagues instrumentales sur un océan d'incertitudes de notre temps. Elles accompagnent la voix du chanteur dans un monde qui déjà ne répond plus. Lentement, très lentement comme une immense fleur lumineuse offerte par Gaetan Roussel et ses musiciens à Léonard Cohen.
Le soleil se couche sur Notre-Dame des Pleurs ( Bleu Pétrole - Suzanne )
" BLEU PETROLE est au final un disque cohérent, dense et de grande qualité, un disque qu'il faut écouter plusieurs fois avant de finalement rendre les armes. De ce côté là rien de nouveau sous le soleil noir d'Alsace et c'est tant mieux. "
( Critique B.P. parue le mois d'avril 2008.)

Le silence est notre ennemi. La violence est notre énergie
( Joe Billie Armstrong - GREEN DAY )
Allez au diable! Je vous déteste tous!
( Alain BASHUNG - Samuel Hall, album Fantaisie Militaire.)
Allez au diable! Je vous déteste tous!
D'un seul coup je me suis souvenu de l'époque où j'étais enfant de coeur en Alsace. C'était impossible alors de m'imaginer prononcer de telles paroles.
( Interview, décembre 2003 )

Billie_Joe_Armstrong__jpg.jpg Sentiments terrés au fond de l'inconscient d'un jeune adolescent qui revenait encore régulièrement dans son village adoptif de Wingersheim jusqu'en 1966. Un jour il apparaissait dans la salle à manger de sa grand-mère Else, fier et heureux d'avoir pu trouver un disque du rockeur américain Gene VINCENT et un disque du groupe allemand KRAFTWERK de musique expérimentale. Pendant que s'élevaient les voix de Wagner il proposait alors, très timidement, d'écouter ces nouveautés d'un disquaire allemand. Le rock'n'roll faisait une entrée remarquée dans le village alsacien.

Ma grand-mère est entrée dans la salle à manger en hurlant. C'était la bombe atomique: ils m'ont inventé le ROCK'N ROLL !
( Entretien avec Rodolphe BURGER paru dans le Monde le 27/08/2005)

C'était le choc musical pour Else habituée aux chants de Wagner, aux valses de Strauss ainsi qu'à la frivolité de la musique d'ambiance allemande.

Le rock'n'roll avec ses coups de batteries agressives, ses cris assourdissants n'avait vraiment pas sa place parmi le mobilier bien disposé le long des murs. Et, très certainement, pendant quelques jours, la tarte aux pommes avait disparu sur la table de midi. Peu à peu le silence s'est invité aux repas en recouvrant les révoltes d'un garçon étouffé par tant d' incompréhensions. Un jour tout a basculé. La voix s'élança! La musique fit parler le silence! Sous le soleil voilé d'un jour en d'Alsace au diable vos idées amputées, vos pensées inhibées, vos lumières d'équinoxes.
J'appréhende les silences qui hurlent. J'envisage le pire
( J'ENVISAGE - Play Blessures 1982 )
Pour Alain Bashung la route conduisait vers l'inconnu de l'autre côté des Vosges décidé de démontrer, disait-il, que son patelin pouvait être fier de lui.
Ce qui m'a attiré dans ce métier c'est l'aventure, pas de progresser socialement (R. BURGER -Entretien, Le Monde 27/08/05 )
Le rêve d'évasion menait Alain BASHUNG toujours plus loin jusqu'au bord du Rio Grande, 1986. Avec lui son premier harminica offert à l'âge de 5 ans. des mélodies de Wagner, de Kurt Weill et les sonorités du groupe expérimental allemand Kraftwerk.
Ces ambiances étranges, ces dissonances, ce phrasé qui était déjà du rock . . . .Elles m'ont donné le goût des mélanges, le sentimentalisme et le bizarre.
(Entretien R. BURGER Le Monde)

_Enfant_et_le_cheval_.jpg Il ne manqquait plus que ce touché français d'un magicien des mots d'origine anglaise, Boris BERGMAN, de Serge GAINSBOURG qui a participé à l'album Play Blessures 1982, d'un parolier doué comme Jean FAUQUE et de musiciens renommés. L'aventure musicale poursuivait ainsi son chemin au-delà des succès commerciaux de Gaby! Oh,Gaby! ou le Vertige de l'Amour, au-delà des rythmiques blues, rock, jazz ou des ambiances country, pop, punk, new wave pour chercher plus loin les modulations de l'âme humaine jusqu'aux rives de l'expérimentation musicale d'un artiste qui a toujours refusé d'être un simple duplicata.

Je suis très mal quand je n'ai pas l'impression que tout est possible, je peux dépérir, les choses m'indiffèrent
( Entretien R. BURGER - Le MONDE )

Le voyageur de l'irréel voyage en solitaire et nul ne l'oblige à se taire. Il chante la terre. (Bleu Pétrole - Il voyage en Solitaire).

Alors, subitement, la voix s'élève, une voix ample, illimitée dans le temps qui traverse une foule debout dans la cité.
Dans le soleil ou dans la nuit voyez vous ces êtres vivants
(Bleu Pétrole - Comme un Légo)
Ils écoutent, ils écoutent longtemps.

JE N'ENTENDS PERSONNE COMME LUI. BRUSQUEMENT LE TIMBRE PROFOND DE SA VOIX ME TRAVERSE DE SON TORRENT
( Paroles de RAINER MARIA RILKE- Auteur autrichien.)
C'est la voix d'un enfant d'un village alsacien. ALAIN BASHUNG chante, raconte ses moments tristes, désespérés, ses angoisses. Sur les ondes d'une musique électronique les silences se réveillent.
QUAND LES JOURS SE SUIVENT, QUAND IL FAUT LES VIVRE EN ENTIER, SANS RIEN OMETTRE , SANS OUBLIER DE METTRE CE QU'IL FAUT D'AMOUR, D'HUMANITÉ , DE RISQUE, DE RICHESSE OU DE PAUVRETÉ.
(Gérard MANSET)

Alors ALAIN BASHUNG s'interrogeait au crépuscule de sa vie :
Comme un légo mais sans mémoire , pourquoi ne me réponds-tu jamais ?
(Comme un légo. Bleu Pétrole.)

Il était temps ! WINGERSHEIM a enfin envoyé quelques mots d'amour !

G.K. - Texte remis à jour le 18/09/017