vendredi 8 décembre 2017

Le Noël de Paul Adel.

LE NOÊL DE PAUL ADEL - SUR LE CHEMIN DES RÉALITÉS HUMAINES


Pensée de Paul Elouard (1895 - 1952)
Donner à voir c'est permettre à l'homme de se découvrir, de se connaître, c'est le remplir de chaleur et de lumière pour le rendre capable de s'emparer de tous les trésors dont il est presque entièrement privé, de tous les trésors aussi bien matériels que spirituels


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# - La ville est encore bien muette emmurée dans ses rêves clandestins à la dérive des réalités du monde que l'heure semble ignorer. Ce sont les derniers moments des secrets enfermés dans une contrée inconnue et silencieuse, des présences insolites, d'images éphémères sorties des paysages irréels. Le retour titube, hésite au-dessus des rues désertes, au-dessus des toits grisés de la cité qui laissent échapper des volutes de fumées à l'abandon dans les espaces en quête de nouveautés. Le jour s'installe lentement dans ses apparats . Une très lente reconstruction sur un sol gelé d'un monde qui sent encore la cannelle et les boissons citronnées des marchés de Noel lorsque d'autres senteurs s'étirent sur les toitures en attendant de nouvelles aventures, des mouvements inattendus; C'est un retour progressif dans l'espace des vivants, celui des femmes, des enfants, des hommes et des animaux de la terre; La vie s'élève des immeubles que le jour escalade peu à peu pour retrouver des objets perdus, l'horizon lointain au-dessus des montagnes. Plus bas les illuminations ont disparu dans la pâleur de l'heure matinale, muette, sans mouvements, dans une tenue quelconque. Un message clignote sur l'écran du smartphone.
- ATTENDS SORTIE DE L'AUTOROUTE. AVANT PANNEAU PÉAGE. ATTENTION NEIGE, GEL. Paul

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Le moment est venu, celui de quitter les éclats de cristal d'un soir des illuminations de Noël, ces fébriltés qui vous surprennent à chaque coin de rue; Quitter, s'arracher des plaisirs faciles. Filer ! C'est maintenant au lever du jour qui pose un souffle paisible au niveau des gouttières. Paul attend à la lisière des ombres naissantes pour aller s'aventurer dans les profondeurs des forêts des Vosges du Nord là où une fermière doit s'affairer devant une table d'étable dans une pièce froide pour des hôtes de passage choisis avec précaution; La mémoire s'enhatdit brusquement, dérape sur un horizon d'images nouvelles dans un monde fantastique qui invente un palais merveilleux à la place d'une pauvre demeure de paysan. Tu verras on trouvera de beaux canards pour le soir de Noël. Cela vaut le coup. avait expliqué le guide des festivités à venir;

L'imagination déborde, trop sans doute, se déverse sur des terres qui ont vu naître des désirs mille fois trahis. Et aujourd'hui, ce matin ? Paul est là à l'emplacement indiqué, un peu à l'écart de la voie routière , tout près du poste de péage qui enfile les premières voitures. Son regard sillonne les alentours, un corps robuste planté dans sa grosse veste de tissus sombre qui laisse apparaître un visage serein bien arrondi. Il sourit à côté de sa fourgonnette blanche de quelques années d'ancienneté, debout, solidement calé dans sa vie de voyageur Manouche, toujours à la recherche d'affaires remarquables pour améliorer les fêtes de famille.
- Mets toi sur la banquette à côté de moi. Nous descendons vers la forêt. La fermière nous attend dans une heure;

# - Tu peux nous suivre en rangeant sur le comptoir du bar tes préjugés fumeux, quelques angoisses passagères ou de troubles intestinaux . Laisse tomber tes commodités sociales, tes hypocrisies qui fâchent. Tu montes dans le véhicule avec nous et tu regardes s'éloigner l'autoroute de l'Est . Nous sommes à quelques distances des rochers vosgiens un jour d'hiver. Tu embarques! Un panneau indique le nom d'un village alsacien perdu dans l'intimité des montagnes, au fond d'un vallon, mais qui n'apparaît encore nulle part, absent de l'étendue qui plonge dans un silence blanc;

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La terre semble avoir froid, très froid. Nous touchons maintenant les espaces grisâtres, larges et silencieux d'un pays encore assoupi sous une couche de neige et d'un voile brumeux qui se déchire dans quelques clartés d'un jour renaissant; Une terre toute immobile, paisible jusqu'aux extrémités des rivages glacés, sans couleurs, sans signes de vie; Tout un lent frissonnement de corps enfouis dans la solitude du temps que surprend dès fois le tintement clair d'une cloche à l'instant d'une belle découverte accompagnée d'une aimable sollicitude d'individus égarés dans un champ d'hiver au milieu duquel passe une très faible respiration dans un coin de lumière posé sur une parcelle de neige. Le paysage s'éveille;
- Il fait froid. Un vrai temps d'hiver , dit Paul;

_Chemin_de_neige_.jpgQuelques mots, c'est tout. Des mots rares dans le lexique de Paul, des phrases très courtes sur le cheminement de ses pensées déjà en vagabondage vers d'autres lendemains, ailleurs. Non, pas de quolibets idiots, déplacés. Il rumine dans l'intimité ses projets futurs; Cela paraît naturel pour un Manouche qui scrute l'avenir avec précaution et mâche lentement son viage qui lui est offert généreusement pour ses voyages, ses fêtes familiales, ses incertitudes en attendant ces heureuses surprises quelque part sur une terre d'hommes soumise ce matin à une froide attente, à un inévitable cahotement de regrets et de désirs. Un bonheur peut être enfoui sous les sapinières dans le sol des ancêtres ?
Il ne faut pas en parler. C'est encore trop tôt. Il faut patienter maintenant, espérer comme tous les jours,, attendre, regarder cette étendue blanche qui se déroule dans le regard, ce sol qui dort encore, cette étendue sans discours; Ces moments caressent des satisfactions à venir, au milieu d'un fatras de festivités.
- Ce n'est pas très loin. La ferme est située au milieu de la forêt.

La ferme ! La ferme! Il voulait dire un palais, celui du Père-Noël dans son royaume légendaire, façades de bois décorées, chemins dans la neige, rennes en liberté sur un sol floconneux ? Ou surprenante habitation accrochée dans la lumière ? L'imagination voyage portée par les rêves de Noël. Elle s'égare ! C'est sûr ! Elle s'égare Paul a dit la ferme ! Une ferme au bout de cette route qui s'en va au bord des champs gelés. Il a dit, une ferme !

Le réel revient ! Le silence se charge de faibles soupirs, de quelques craquements inattendus que lacèrent des croassements stridents en laissant des déchirures, des angoisses, des troubles. SUEURS FROIDES ou MORT AUX TROUSSES d' Alfred Hitchcock ? Paul a dit, une ferme ! Des arbres émergent du brouillard dans une longue courbe qui descend légèrement vers la forêt d'une matinée qui grandit au pied des réalités immédiates, très présentes. Ce sont des parcelles de neige, des crissements répétés, le dérapage imprévu du véhicule qui patine et glisse vers les champs.
- Oh, la poisse ! La route est gelée. Ici c'est de la glace.

# - Le sol gémit, crépite, se fissure sous les roues qui partent vers la gauche, encore un peu vers la gauche, à travers la route, l'arrière de la fourgonnette dirigée du côté des champs. A l'arrêt sur un parking improvisé dans un pays perdu ! Immobilisée par hasard sur une voie communale, l'arrière du véhicule tourné vers les champs à quelques centimètres d'une dénivellation qui indique la fin du terroir. Paul souffle de soulagement, pose sa tête sur le volant, seulement quelques secondes avant de défier l'évidence, une réelle évidence; Il saute de sa cabine, laisse tomber sa grosse veste fourrée et observe avec attention cette position inhabituelle d'un équipage isolé dans un royaume d'hiver à l'abandon des satisfactions humaines, des bêtes charnues, à quelques jours des nuits dorées. Il étudie les solutions à mettre en place; Son intelligence s'active. Subitement il se remet au volant, bien décidé, calme, son corps préparé pour un singulier combat annoncé après une décision indéfectible et des directives claires, indiscutables.
- Ecoute ! On peut s'en sortir! Pose ton mouchoir sous la roue droite. Attends ! Je vais avancer lentement, très lentement. Tu es prêt ? ?

_Dans_les_champs_.jpg

Le silence s'installe dans une subite attente. L'expectative s'empare de ce royaume blanc inhabité qui se charge de soudaines curiosités pour un événement humain très incertain mais courant à cette époque d'hiver. Cet incident est banal et l'histoire de deux individus piégés dans un clos d'hivernage, prisonniers involontaires des froidures peut être une anecdote fréquente quand décembre étale ses forces sur l'étendue de la nature arrêtée dans un sommeil programmé; Normale mais inattendue, inconfortable à la lisière des bois qui veillent sur l'incompris d'un air presque amusé, intéressé. Les éléments semblent participer à ce naufrage de fête.
- Attention, je démarre. Tu es prêt ? Pose bien ton mouchoir sous la toue.

Les mots frappent le sol dur et gèlent aussitôt. Ils tombent en saccades, s'essoufflent.
- J'avance. Doucement ! Tout doucement! Attention !
La fourgonnette arrache lentement ses parcelles de résistance, La roue bouge , se déplace de quelques centimètres. Cette scène semble ravir une nature stupéfaite qui laisse ses magnificences enfouies dans un monde inconnu que les hommes traquent depuis des millénaires en essayant de créer des mots, des espaces, des architectures toujours renouvelées ou de composer des formules mathématiques pour des sciences exactes. Tellement précises toutes ces choses qui sont au contact du sol et tellement mystérieuses.
- On avance ! Doucement, doucement ! OUF, c'est gagné !
Paul remercie. Son sourire éclaire les champs de neige.
- Tu vois ! Un tzigane sait tout faire.

Decouvrir_.jpg Tout faire! Tout faire ?
Il a bien dit , tout faire. Comme un étonnant magicien ?
Changer le mal en bien, les peurs en heureuses libertés ?
S'emparer d'un désir terré dans une loge secrète, partir, rechercher des trésors perdus
Etre Dumbledore, professeur de Harry Popper ou le vampire Pattinson , un extra-terrestre qui sait faire parler un oiseau pour lui faire dire des histoires secrètes ?
Plus sûrement, repartir le coeur léger car la fermière attend au milieu de la forêt.


# - Peut-être faire demi-tour, dire que c'est pour une autre fois, trop difficile aujourd'hui, ce sera pour le lendemain après une journée tranquille passée sur le divan des assouplissements mentaux. Mais un navigateur peut-il fuir au milieu de l'océan ? Un sportif peut-il quitter son équipe pendant le déroulement du match ? L'évidence tombe sans équivoque à la vue de la chaussée qui remonte vers l'autoroute .
- Non, pas possible de revenir en arrière. C'est plus sûr de continuer et d'aller vers la forêt. Nous roulerons plus tranquillement sous les arbres.

Paul a décidé nourri par son histoire qui l'a comblé d'une solide expérience humaine. Tu prends la couleur du doute ? La méfiance s'installe qu'encouragent une situation bancale, l'étrangeté d'un équipage conduit par un tzigane à la frontière de l'imprévisible, égaré sur une route terrestre. L'esprit divague, invente.. L'imagination voyage très librement; Au loin on devine une maison illuminée dans la blancheur de l'hiver. Cela doit être un palais luxueux, les façades cernées de pièces rares, baignées dans un monde fantastique. L'imagination vagabonde. Le visiteur découvre tout à coup le refuge discret occupé par des marchands malins qui déambulent à l'intérieur de vastes pièces à peine éclairées. Un univers s'étend, imprécis, étrange à la périphérie des réalités fortes d'une actualité immédiate.

_Decembre_.jpgNous roulons sur la route verglacée à la recherche d'une demeure paysanne isolée au bord d'un chemin. Nous avançons très lentement , les visages collés au pare-brise pour mieux observer l'état de la chaussée qui traverse une terre allongée sous un ciel posé au ras du sol, se déroule sur une traînée blanche à une courte distance des plantations gelées. Seuls maintenant dans le froid, dans le silence d'un mois de décembre, décrochés de la multitude humaine égarée quelque part au loin dans la vaste cité. Des traînards misérables ! Des égarés sous une nef blanche à la recherche d'un itinéraire, d'une belle nourriture pour les célébrations futures. Nous avançons avec précaution, sans accélérer près des éléments qui semblent attendre le changement à venir. Le monde grandit. Une cloche lointaine égratigne le temps à l'extrémité d'une tour retirée dans un village.. Des odeurs montent de la terre dont s'emparent des réalités cachées et insaisissables .Toutes ces choses réinventent un avenir à l'abri des rêves qui meurent à l'approche des frontières boisées tracées dans une longue courbe. Nous entrons dans la forêt vosgienne, rassurés, les pensées en quête de l'inattendu déplacée subitement dans un couloir sombre sorti d'un roman d'aventures.

C'est un passage obscur.
C'est une entrée recouverte de branchages durcis par le froid. Quelques clartés traversent des touffes sombres en dirction d'un lointain inconnu. Paul est au volant sans dire un mot. Il conduit. Il voit. Il sait. Il sait ces choses incomprises de cet édifice naturel nourri par l'humus du sol. Il sait ce monde sensible, ses odeurs, ses formes végétales, ses vies animales, toute cette animation enfouie dans des endroits secrets. Il voit ces colonnades alignées au bord du chemin, emmitouflées dans une belle patience. Ici, aucune émotion! La voûte s'abaisse vers la terre. Ce sont des branches givrées d'une existence à l'arrêt dans une station étrangère qui surprend l'homme, qui l'inquiète et qui se retrouve tout à coup seul, déporté, attentif à un langage codé que dirige le silence. Le silence de la terre
Chaque tronc pointe l'absence d'une hauteur, d'une présence. Et l'être s'égare, les pensées se butent à une incapacité de réagir. Alors il ne reste plus que la fuite pour oublier ces réalités accablantes, mystérieuses qui traînent des galimatias d'une sphère oubliée qu'accompagnent des plaintes douces. Des appels très faibles d'abord qui frôlent les gelures.
- La route est praticable. C'est bon ! Nous sommes à deux kilomètre de la ferme.

# - Paul conduit. Il mène sa machine avec prudence à la recherche de son heureux destin humain d'un père de famille comblé et d'un être d'une humanité partagée; Son corps reste légèrement redressé, bien droit en face d'une ferme détermination; Il fixe cette chose imprévisible tel un dompteur dans sa cage, maître d'une unique pensée , d'une action qui va embellir la vie d'un repas royal.
- Oh! Paul, j'entends des craquements bizarres !
Mais non! Le chauffeur reste serein accroché à son volant. Il roule au ralenti sur la route isolée dans cet univers sylvestre isolé du reste du monde.
- Paul, tu n'entends pas ? Des craquements, des craquements tout autour dans les bois.
Qu'importe ces étranges râlements qui heurtent avec fracas les couloirs d'un danger dissimulé. Plus nombreux à cet instant! Qu'importe ces étrangetés bien réelles qu'accompagnent les échos de la peur, une soudaine peur.
- Paul, il faut retourner. On entend un cri! Un cri qui vient de la forêt.
Trop tard! Beaucoup trop tard!! Sur la route s'abat une désespérance qui lacère l'atmosphère glacée sous des ailes rejetées dans les espaces des hauteurs d'où tombent des déchirures terrifiantes , une très longue plainte. Au loin une cloche frappe le temps matinal d'une profonde lassitude.
- Trop tard, Paul ! L'arbre s'est écrasé sur le sol à travers la route. Trop tard !

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Un squelette déplorable ! Ecrasé, désarticulé ! Le tronc gît blessé aux multiples fractures d'un moment brutal et sauvage. Aucun mouvement ! Aucun souffle ! Les branches sont répandues sur le chemin en laissant une impression de désolation et d'abandon. Aux alentours une multitude invisible dialogue dans un silence impressionnant. Le langage est incompréhensible car inexistant. La musique est inconnue en fuite sur des sculptures givrées. Tout est méfiance, prudence; On écoute avec frayeur des murmures inaudibles. On regarde avec étonnement le vol léger des rares flocons de neige qui s'installent dans un inconfort passager. L'étonnement ! La rage retenue dans le froid, l'incertitude, la peur. C'est le moment de repartir sans perdre des instants inutiles, retourner dans la plaine plus paisible, plus rassurante à l'entrée de la cité; Décamper d'ici ! Revenir en arrière comme un lâche, un poltron dépouillé de ses merveilleux cadeaux préparés par une fée sublime, une reine déguisée en fermière. Tout perdre par faiblesse, par peur !
LA PEUR!

La peur alors que la réalité visible se protège derrière des spectacles bien naturels. La peur quand les mensonges s'affichent avec insolence ! La peur quand les faiblesses humaines vous paralysent avec force. QUOI, PEUR ? L'imagination fébrile s'arrête tout à coup devant le réel un décembre de l'an romain, sous la voûte d'une forêt vosgienne, magnifique, les arbres anoblis dans le froid d'un paysage tout en blanc avec un compagnon tzigane qui sait tout faire, vaincre les pires embarras du monde.
- REGARDE ! Regarde ! C'est vraiment incroyable !

# - Paul se dégage subitement de sa cabine, se poste avec assurance face aux réalités à l'approche des éléments naturels des Vosges du Nord. Il connaît bien cette région qu'il visite souvent. Sur la route il fait quelques pas dans l'intimité de ce paysage à l'aspect sauvage que le temps modèle avec patience, là où l'avenir se construit dans un silence, le maître d'un puissant royaume. Mais aujourd'hui c'est différent. Il ne faut pas se laisser impressionner! Il faut avancer, réaliser le projet festif pour toute la famille sans perdre ce temps rare que la matinée enfile avec régularité dans cette perspective joyeuse d'une gogaille attendue. Il faut passer l'obstacle à tout prix.
- Où vas-tu ?
Il glisse prudemment sur des surfaces verglacées par endroits, plus sûres à l'approche des chablis qui barrent encore le passage routier. Il s'arrête de temps en temps pour ramasser quelques branches dispersées devant lui, avance encore de quelques mètres, seul , sa robuste silhouette soudain immoblisée au milieu du chemin.
- Attends moi ! J'arrive.

_Inconnu_.jpg Une ombre se dresse à l'arrière d'un tronc écrasé sur la chaussée forestière. La colonne est déchiquetée. Toute cette malheureuse désolation est jonchée de branches, de débris végétaux. Près de la barrière l'étranger se déplace de quelques mètres. Il est debout, inexistant et réel, une vision virtuelle ou une réalité humaine , longiligne. Une apparence ou une présence? Quelqu'un qui intrigue, bouleverse une programmation de la certitude établie dans le secret de longues préparations. L'intrus fait encore quelques pas, va de droite à gauche, se baisse de temps en temps et s'agrippe au bois meurtri qu'il transporte vers le bord de la route. On entend des craquements plaintifs qui meublent la scène d'une comédie burlesque contemporaine débarrassée des voix et des répliques. Ni même d'intrigue pour émouvoir les rares spectateurs d'une belle histoire.
Le visiteur paraît satisfait d'un travail accompli pour des promeneurs bloqués sur leur itinéraire tellement important à l'approche d'événements futurs. Il ramasse les dernières branches et saute dans sa voiture garée plus loin. Il disparaît aussitôt vers une destination inconnue rapidement effacé du paysage, vu mais non connu.
- Dis moi ! C'était qui ?

Trois secondes, quatre secondes, beaucoup de secondes . . . . Des secondes d'une étendue d'absences, de nombreuses absences. Absences subites des réalités du monde et présences d'amitiés d'un heureux confort. Magnifiques satisfactions dans une grande nef d'une cathédrale extraordinaire. Paul regarde son horizon apaisé, quelques secondes seulement, immobilisé dans une attitude d'un large contentement qui lègue généreusement un léger sourire, une infaillible sérénité. Il regarde devant lui sans agitations inutiles, sans mots superflus, comme à l'habitude, en survivant comme toujours, des musiciens rangés dans sa mémoire pour répandre dans le monde de joyeuses csardas des pays hongrois. Non ! Plus sûrement une résonance jazz de Django REINHARDT, Nuages, Les Yeux Noirs, celle échappée des nombreuses soirées familiales autour d'un feu de bois ou, qui sait, des airs d'accordéon de CAPELO. Pour lui la musique n'a pas de frontières. Il écoute l'ineffable mélodie des hommes, immobile, recueilli; Quelques secondes encore , le temps de remercier le DIEU suprême, indéfinissable, amoureux de l'humanité.
- La route est libre. Ne perdons plus de temps car la fermière attend. Il faut chercher les canards.


# - La route est libre. La route est dégagée, légèrement inclinée dans une lente montée entre les sapins bien alignés, rangés pour une belle parade décorés de galons blancs dans un vaste paysage qui s'étale dans un pays gelé et solitaire. La route est ouverte. Nous avançons prudemment en jetant des regards vers la droite, vers la gauche dans cet univers sans vie apparente, à l'affût d'un bruit, d'une présence qui peut surgir dans ce désert froid, dans ce paradis inhabité. La route est libre, praticable. Nous roulons sans encombres depuis un bon moment. Un monde nouveau, s'ouvre devant nous, s'urbanise sur des territoires plus lointains au-delà des océans et de la mémoire à la découverte de méga-cités imaginaires et d'intenses animations humaines. Car tout devient possible. Tour s'imagine au cours d'une balade apaisée sur un chemin cahoteux. Ce n'est qu'un chemin de montagne, un simple chemin de montagne qui peut laisser passer tous les véhicules même ceux de grands calibres. On cahote sur une route ouverte, c'est tout. Et c'est terriblement utile. Les balancements s'enchaînent dans une frénésie d'une danse électro, les images secouées dans tous les sens, encore surpris de ne plus voir l'homme en noir qui a du s'envoler comme un oiseau rare. Mais où a donc passé cet étrange visiteur ? Pourquoi est-t-il parti si vite sans le moindre salut ?

Les questions se succèdent, se bousculent au rythme de la balade. Celle-ci avance en flânant à l'abri d'une nouvelle mésaventure.
- Les canards, c'est pour bientôt. Nous approchons de la ferme.
Quelques mots de satisfaction, c'est tout. Quelques virages dans une montée que le véhicule dépasse sans aucune difficulté. La route est libre au coeur de la montagne au langage secret, indéchiffrable qui laisse derrière elle quelques sourires et quelques pensées égarées sur des plaques neigeuses.
- Regarde là-bas ! Un chevreuil Il disparaît dans les bois.!

Chevreuil_.jpg

Un bond ! Un élan par-dessus la chaussée. L'animal disparaît très vite sur son territoire qui s'empare avec rapidité des événements naturels, plus rassurants à présent d'une journée d'aventures humaines éloignées des écrans plats, des images virtuelles sans odeurs, sans relief. Le monde se construit débarrassé des crainte le long des branchages alourdis par la neige et des rochers gréseux posés dans une apparente tranquillité. Plus de frayeur ! Aucune inquiétude ! Paul se tait, attend, espère; Un long silence envahit son être. Il est présent sans discours, sans paroles depuis quelques minutes. Il se tait. Il roule les yeux fixés ailleurs et semble scruter un invisible royaume enfoui dans la forêt avec des palais magnifiques et de nombreuses tours de guet apparus dans un court égarement d'insouciance ou d'une profonde espérance;
- Nous arrivons. Encore un virage et nous arrivons.

L'homme est crispé à son volant à l'écoute d'une belle mélodie intérieure, un peu nostalgique quand l'archet glisse sur une corde de cristal, d'abord tout en douceur, puis plus rageant sur le corps d'un violon blanc. Là où, tout à coup, on peut entendre résonner la terre sous les ogives célestes dans un couloir boisé. Une illusion ! Une réelle illusion que Paul savoure en s'écartant de sa clandestinité passagère. Encore un moment de solitude, un court moment;
- C'est ici ! Nous y sommes !


_Chemin_Hiver_.jpg # - Le véhicule ralentit, quitte la route forestière laissée à l'abandon pour un voyage solitaire. Le tracé est libre en fuite vers des territoires retirés à l'abri de futiles indiscrétions. La route s'en va, s'éloigne. On avance au ralenti sur la neige fraîche d'un chemin étroit qui disparaît dans le paysage. C'est l'arrêt devant dees troncs dressés au bord d'un bois. C'est la halte dans une station perdue dans l'attente de quelques visiteurs imprévus. Une arrivée tout en douceur sous des branches raidies par le froid. Des crissements légers accompagnent encore le véhicule avant l'arrêt du moteur qui a cessé de ronronner. De ses ailes déployées un oiseau soulève son corps et s"échappe dans les espaces libres en laissant tomber des jets de neige. Au loin on entend des craquements que rattrape une belle incertitude. Peut-être le chevreuil en fuite sur ses vastes terres blanches ? Comme un égarement plaisant d'un récit fabuleux qui vous envahit dans un monde inconnu.
- Attends moi ici! Je reviens tout de suite.

L'endroit repose à la périphérie d'un subit soulagement qui s'étale dans les environs. Une satisfaction comme un petit bonheur naissant sur la neige derrière la démarche volontaire d'un compagnon solide et décidé. Le petit bonheur grandit, s'épanche, se familiarise avec un futur plus amical à la poursuite de quelques traces visibles laissées sur le sol. Paul pousse le portillon d'une clôture grillagée avant de se retourner et de lancer sa dernière recommandation :

-Je reviens tout de suite. Surtout ne bouge pas !

Le petit bonheur est un peu désorienté, sans doute maladroit quand le guide disparaît sur un terrain défriché, a l'abandon dans un monde déserté par sa population à l'heure d'une pause attendue avec impatience. Une froide propriété se dissimule dans le paysage assoupi, dont la respiration est à peine perceptible; C'est pour maintenant l'heure de la nouvelle découverte, celle d'une belle maison isolée dans une sapinière, une magnifique ferme derrière un portique de grès sculpté, des animaux en liberté dans les grands espaces bien entretenus. A présent le regard vagabonde de droite à gauche. Il chaparde toutes ces choses inconnues, seul pour une recherche passionnée, libre, celui du monde des vivants, à l'heure des promesses quand se dissipent les affronts insensés du passé rejetés au loin, très loin dans une décharge des misères de l'humanité. Tel un grand bonheur qui fleurit toujours, même en hiver.

_A_la_ferme_.jpg Soulagement ! Satisfaction !
La demeure de la fée des forêts vosgiennes est trouvée. La propriétaire s'est changée en une pulpeuse fermière livreuse de palmipèdes déplumés à offrir pour des jours de fêtes. Là est la maison des préparations somptueuses des célébrations en famille ? La réponse tarde, hésite. Le regard s'éloigne, s'attarde sur un objet, une bizarrerie et, soudain, bute sur une émotion vague qui tangue un court instant. Des débris épars noircissent de ci de là la blancheur immaculée du jour. Des couleurs tachent la terre semée d'égouttures bien apparentes. Alors le petit bonheur se braque le long d'une inquiétante solitude au voisinage d'un inconfort.

Tout à coup comme un doute qui heurte le visage exposé au silence de la solitude, à l'idée d'un accident fatal, irréversible d'un mal caché. Une nouvelle infortune! ! Paul a oublié de fermer le portillon. On aperçoit les nombreuses empreintes sur le sol en direction de la bâtisse cachée derrière les branches enneigées. Au bout c'est une terre étrangère. Le regard rencontre l'absence, une frontière infranchissable. Il hésite au bord de l'impasse lorsque des appels s'échappent d'un abri et soulèvent la langueur suspendue au-dessus du sol.

- Il y a quelqu'un ? Hélo ! Il y a quelqu'un ? Répondez moi !

# - Les appels s'amplifient, traînent dans le froid,, s'égarent et se perdent sur le tapis blanc. Alors l'imagination s'embrouille sur la piste vers l'inconnu, vers cette destination éloignée d'une planète inexplorée et bien mystérieuse . La vision touche un univers d'extra-terrestres embusqués dans le silence. Quelque part dans un territoire délaissé des préoccupations humaines à l'écart de toutes connaissances. Hélo , Hélo ! C'est moi ! Encore quelques rares résonances qui font vibrer l'atmosphère étalée sur toutes ces choses inamovibles. Aucune réponse !. Les sons ricochent sur le sol, remontent et repartent dans cet espace abandonné à l'indifférence au centre du massif montagneux.

Fleurs_d_hiver__.jpg Paul est parti au rendez-vous prévu depuis de longues journées avant les fêtes; Sa silhouette râblée a disparu du paysage derrière les branchages glacés. Il reste des empreintes alignées à l'approche d'un bâtiment écarté des curiosités du monde où se terrent de discrètes occupations loin des regards. Il a franchi le seuil de la porte d"entrée. A l'écart, au bord du chemin, l'indiscrétion voyage plus librement. L'être cherche à effacer des doutes pressants, des incrédulités qui s'emparent de l'attente. Les pensées naissent et se désagrègent entre les somnolences des végétaux au repos annuel autour des remparts qui protègent les terres isolées.
Là sur une fenêtre givrée une représentation unique. Des lueurs passent sur des formes étranges, des arabesques ciselés dans des cristaux d'argent d'une composition éphémère, tellement étonnante à l'époque des chauffages multiples qui doivent faciliter les activités journalières des habitants. Cette image surprend. Elle apparaît presque invraisemblable, irréelle. Ce matin elle vient perturber une paisible existence avec une succession d'interrogations au voisinage d'une angoisse qui s'installe peu à peu. Sans doute une folie passagère comme une appréhension d'un vilain moment.

Quelle habitation insolite ! Quel pays oublié dans un creux d'un vallon solitaire, inhabité , sans voix, sans aucune présence et qui croupit à l'extérieur d'une beauté blanche ! Des récits grandissent près du chemin dans les forêts qui escaladent les pentes des monts ou s'allongent sur des escarpements rocheux. C'est un retour dans le passé lointain, celui des chevaliers teutoniques qui fuient au bord des rivières, celui des religieuses guérisseuses et des fées marraines des princes élus. Maintenant, une demeure perdue sans chauffage, le silence qui croît, domine le temps, occupe et s'empare de toutes choses, Une voix, une seule voix se dirige prudemment dans le couloir de la ferme au milieu d'un jardin d'hiver. Pour une attente, une très longue attente.
Et toutes ces présences inutiles, d'insupportables opportunités! Des personnages grotesques se présentent pour des distractions ennuyeuses. L'oeuvre d'art s'éternise sur la vitre . Un occupant gesticule dans un intérieur bien protégé. Quelques vibrations dans un flottement d'air et, dès fois, un oiseau qui s'envole vers les hauteurs, ailleurs, sur une nouvelle branche. Des couinements légers après une coulée de neige ! Et à nouveau la fin des langages, l'étouffement des rêves, l'attente. infinie des canards déplumés . . .

_Apparition_.jpg

Le regard fuit dans une longue errance. Il va à droite, il va à gauche. Il passe sur les taches couleur de sang visibles sur le passage qui mène à la ferme. C'est toute une éternité, une infinité de secondes qui tombent sur le sol des douleurs. Plus aucun appel! Paul ne répond plus. La pause se familiarise avec ses interminables interrogations, ses impatiences, ses tentations d'en finir le plus vite possible. Tous ces moments d'une longue absence que prolongent subitement quelques faibles chuchotements. Une porte claque et emporte le volatile vers d'autres hauteurs. Des pas crissent sur la neige. Le maître des légendes arrive en hâte en serrant dans ses mains un imposant paquet enveloppé dans du papier blanc tacheté de multiples rougeurs. Il le dépose rapidement au fond du véhicule, s'installe au volant et repart aussitôt sur la route déserte.
- Dis, tu as rencontré le sorcier d'Underland ?
Paul se tait. Il est encore réfugié dans une contrée lointaine.
- Dis Paul, tu a vu le loup-garou dans sa maison de campagne ?
Il a un petit sourire malicieux et accélère dans une longue montée.
- NON ! NON ! Rien de tout cela. J'ai rencontré la belle fée des bois. Je te raconterai cela un peu plus tard.
Et il ricane, ricane dans la courbe du parc forestier.


_Arbres_hiver_.jpg# - Une longue courbe remonte paisiblement sous les sapins où les craintes, les peurs se transforment en légèretés presque joyeuses quand au loin on entend des tintements métalliques dans un clocher campagnard.
- La journée est magnifique. C'est notre journée de chance.
Paul ne répond pas; Il savoure toutes ces choses calé dans son fauteuil de pilotage; Muet ! Ailleurs ! Des couleurs renaissent sur la blancheur du sol. Ce sont des clartés qui frôlent la mémoire aux aguets des curiosités présentes à la fin de cette promenade dans les bois du massif vosgien.
-Vraiment, une superbe journée.! Des moments surprenants ! . . . .Tu ne trouves pas, Paul ? La nature semblait nous accompagner avec une attention toute particulière.. Elle paraissait nous aider, au moins nous suivre et nous encourager.
Paul jette un coup d'oeil rapide vers sa droite et sourit.
- Bizarre ! Mais c'est quoi cette nature tellement bienveillante à certains moments, impitoyables dès fois ? C'est quoi toutes ces présences enfouies dans de longs silences, ces apparitions soudaines, des branches sur une route enneigée, cet être qui se prend pour un Saint Bernard, ces animaux qui nous accompagnent de loin, volatiles, mammifères ?
La nature peut être tellement étonnante. Pas vrai Paul ?

- Je t'écoute ! Je t'écoute !
- C'est con ce que je te raconte. C'est complètement insensé.
- NON, NON ! C'est passionnant !
- J'ai des moments mystiques. Il m'arrive d'avoir des convictions échappées de nulle part. Tu comprends ? Les existences du monde apparaissent vivantes et bien réelles animées par un créateur inconnu, intouchable par notre intelligence humaine. . . . . Une sorte d'énergie universelle . . . . . . Une puissance illimitée qui pénètre tout, les êtres, la nature, Une vérité incommensurable . . . . Une réalité géniale . . . . Nous ne faisons qu'effleurer une Vérité insaisissable. C'est con, non ? ?
- Parle ! Parle ! Tu m'intéresses. Vraiment, c'est passionnant !
- OUI ! Je finis par croire que DIEU existe. Une masse d'énergie, de vie qui s'épanche sur le monde et dans l'univers et que la femme, l'homme, l'enfant, les animaux ne sont que des éclats de l'Invisible.

Le véhicule ralentit, vire à gauche avant de se garer sur une plaque de neige.
- On va s'arrêter là. L'auberge est sympathique. Je connais bien la patronne.

_Auberge_Underland_.jpg La patronne attend derrière la porte d'entrée moulée dans son devantier coloré, le sourire radieux, une main chaleureuse tendue vers nous.
- Rentrez Je vous attendais.
La salle respire un bonheur simple sous une charpente bien visible qui traverse le restaurant.
- La table est prête. Je vous sers un petit apéro ?
Elle repart au bar et revient aussitôt.
- Le menu sera servi dans quelques minutes. Un plat du jour campagnard avec légumes du pays, un filet de boeuf aux champignons des bois . Ça vous va ?
Paul montre sa satisfaction. Il acquiesce d'un léger signe de tête.
- Dis Paul, cette dame semble bien te connaître. Elle a l'air bien sympathique.
- Tu as raison. De temps en temps je passe ici et nous parlons ensemble de ses enfants, des jeunes actuels. C'est une question qui nous préoccupe. Quel avenir réservé à nos jeunes , Une question que nous devons voir ensemble. Il faut y penser;

IL FAUT Y PENSER ! Rassurant ces petits dieux de la forêt qui savent encore penser. PENSER ! REFLECHIR ! La dame ramène les plats sortis directement de sa cuisine.
- Madame, comment avez-vous su ? ?
- Oh, chers amis.Ce pays cache de nombreux mystères. Très souvent le jour des fêtes des anges s'égarent dans les environs et viennent goûter les délices du paradis.

G. Kautzmann - Strasbourg le 5 Février 2018

mardi 30 décembre 2014

LA BLESSURE.

La Blessure - Sur le Chemin de Noël

Crèche2a .jpg
RECIT DE NOEL

A l'approche de Noël une profonde angoisse s'emparait d'un village.
JOE, un jeune lycéen a disparu depuis quelques jours.



A DECOUVRIR

jeudi 25 décembre 2014

LA BLESSURE.

LA BLESSURE

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